A.      La Banque X.  (repris depuis lors par la Banque Y. ) ainsi que la société B.  SA ont obtenu le 8 janvier 1992 la cession des prétentions de la masse dans la faillite de F.  contre G.  (action révocatoire), relatives à l'achat par cette dernière, à la faillie, d'une boutique pour la somme de 20'000 francs, revendue pour 40'000 francs. Les deux cessionnaires ont chacun ouvert action devant le Tribunal civil du district de Neuchâtel contre G.  en paiement de 20'000 francs avec intérêts. Le tribunal a joint les deux causes, auxquelles la défenderesse a acquiescé, ce qui a conduit au classement de celles-ci par

le juge, par ordonnance du 3 février 1993.

 

        B.  SA a suggéré à la banque X. , dont la créance était beaucoup plus importante que la sienne, de mener à terme "l'exécution de la transaction et l'encaissement des montants qui en découlent, à charge pour lui d'en répartir le résultat, conformément au chiffre 5 de la cession des droits de la masse du 8 janvier 1992", proposition que la banque n'a pas acceptée en déclarant qu'elle agirait pour son propre compte, ce qu'elle a fait en intentant des poursuites contre G. . Celles-ci lui ont permis d'encaisser la somme de 2'273.40 francs au mois de mai 1994, le solde de la créance ayant donné lieu à la délivrance d'un acte de défaut de biens. Une nouvelle poursuite de la banque a donné lieu par la suite à des saisies de salaire.

 

        Tout en contestant devoir "restituer un montant à un autre cré-

ancier cessionnaire", la banque a versé à B.  SA, après di-

verses interventions de celle-ci, la somme de 200 francs représentant "le

9,4 % du produit de la créance diminuée des frais d'encaissement", compte

tenu de l'importance proportionnelle des créances respectives des deux

cessionnaires. B.  SA a réclamé à la Banque Y.  la part

qui doit lui revenir sur un montant supplémentaire de 4'529.60 francs,

encaissé grâce à une nouvelle poursuite de la banque, ainsi que des copies

des actes de défaut de biens. La banque a refusé de donner suite à cette

demande. De même, l'office des faillites - que B.  SA avait

invité à dresser un tableau de distribution spécial concernant le produit

de la cession - a refusé d'établir un tel acte, au motif que le résultat

de la cession ne consistait pas en une somme d'argent à répartir; que

B.  SA n'avait pas participé aux poursuites contre G.  ni poursuivi elle-même la prénommée; que l'office n'avait donc pas à intervenir dans le différend opposant les deux cessionnaires.

 

B.      B.  SA s'adresse par voie de plainte à l'autorité

de surveillance en concluant à ce qu'il soit ordonné à l'office des fail-

lites "de dresser le tableau spécial de distribution prévu au chiffre 5

des conditions de la cession des droits de la masse du 8 janvier 1992,

relativement au produit des poursuites introduites par la Banque Y.  contre Mme

G. ". Elle fait valoir, en résumé, que selon lesdites

conditions le résultat éventuel du litige, après avoir été communiqué à

l'administration, doit être réparti entre les créanciers cessionnaires au

moyen d'un tableau spécial de distribution; que, à défaut, elle ne peut

pas connaître exactement le solde de la créance qu'elle peut encore ré-

clamer à G. .

 

C.      Dans ses observations sur la plainte, l'office des faillites

conclut au rejet de celle-ci.

 

                          C O N S I D E R A N T

                                 en droit

 

1.      Interjetée dans les formes et délai légaux contre une mesure de

l'office au sens de l'article 17 LP, la plainte est recevable.

 

2.      Selon l'article 260 LP, si l'ensemble des créanciers renonce à

faire valoir une prétention, chacun d'eux peut en demander la cession à la

masse (al.1). Le produit, déduction faite des frais, sert à couvrir les

créances des cessionnaires dans l'ordre de leur rang et l'excédent est

versé à la masse (al.2). Aux termes de l'article 80 al.1 OAOF, la cession

de droits litigieux de la masse en faveur d'un ou de plusieurs créanciers

individuellement telle qu'elle est prévue par l'article 260 LP, a lieu au

moyen du formulaire et aux conditions qui y sont stipulées. L'article 86

OAOF dispose que lorsque des procès intentés par des créanciers indivi-

duellement, à teneur de l'article 260 LP, ont abouti à un résultat favo-

rable, l'administration de la faillite doit procéder à la répartition de

ce produit entre les créanciers cessionnaires et la masse, soit dans le

tableau de distribution, soit dans un supplément spécial.

 

        La formule, obligatoire, utilisée par les offices pour la ces-

sion de droits de la masse à teneur de l'article 260 LP (formule 7 F), dis-

pose notamment, au chiffre 5, que lorsqu'il y a eu cession des mêmes

droits à plusieurs créanciers, ceux-ci devront ester en justice comme con-

sorts; le résultat éventuel du litige, après avoir été communiqué à l'ad-

ministration, sera réparti entre eux par celle-ci au moyen d'un tableau

spécial de distribution.

 

3.      a) Le Tribunal fédéral a jugé récemment, mettant ainsi un terme

à une jurisprudence hésitante et à des controverses de doctrine, que

lorsque plusieurs créanciers se sont fait céder la même prétention de la

masse, ils forment entre eux une consorité nécessaire, car cette préten-

tion ne peut faire l'objet que d'un seul jugement; chacun des créanciers

conserve néanmoins le droit, à titre indépendant, d'alléguer des faits, de

défendre sa position juridique et de renoncer à continuer le procès sans

préjudice pour les autres (ATF 121 III 488). Cependant, un cessionnaire

n'est pas obligé d'intenter le procès, ni de le conduire jusqu'au jugement

(ATF 121 III 295 cons.3a et les références). En outre, seuls les créan-

ciers qui ont effectivement procédé, ont, en tout cas, droit au produit du

procès. Ce ne sont pas tous les créanciers cessionnaires mais ceux-là seu-

lement qui ont effectivement fait valoir la prétention cédée qui ont le

droit d'être payés par préférence sur le produit du procès. Est donc exclu

du droit de préférence le créancier qui n'a pas participé au procès qu'un

autre créancier a seul soutenu (Jaeger, Commentaire de la LP, t.3, ad

art.260 ch.3c, 9, p.239 ss, ainsi que la jurisprudence citée). Ainsi, ne

peuvent pas prétendre à une participation au résultat du procès non seu-

lement les cessionnaires qui sont restés inactifs mais aussi ceux qui se

sont contentés d'agir par voie extrajudiciaire tandis que d'autres ont

procédé en justice; il en va de même des cessionnaires qui se sont conten-

tés d'ouvrir formellement action (Schlaepfer, Abtretung streitiger

Rechtsansprüche im Konkurs, thèse Zurich, 1990, p.280). Selon cet auteur

il faut distinguer de ces cas celui des cessionnaires qui n'apparaissent

pas, à l'égard des tiers, comme tels, mais qui participent aux relations

internes entre plusieurs autres créanciers cessionnaires et donc aux

risques du procès. Un seul cessionnaire peut agir à l'égard des tiers en

tant que mandataire des autres cessionnaires, ceux-ci supportant ensemble

le risque du procès. Cependant, si les cessionnaires qui n'agissent pas

eux-mêmes ne veulent pas courir le risque de ne pas pouvoir participer à

la répartition du résultat du procès, ils doivent établir clairement, au

moins à l'égard de l'administration de la faillite, que le cessionnaire

qui agit le fait aussi en qualité de représentant des autres (op.cit.,

p.281).

 

        b) En l'espèce, la plaignante a renoncé à agir elle-même en exé-

cution de la décision du juge, du 3 février 1993, constatant l'acquiesce-

ment de la défenderesse G.  aux conclusions des deux

cessionnaires et demanderesses dans la procédure. La Banque X. , res-

pectivement la Banque Y. , a expressément refusé (par

lettre du 24.05.1993 au mandataire de la plaignante) d'agir pour le compte

de celle-ci en vue de l'encaissement de la créance, objet de l'acquiesce-

ment de la défenderesse. Aussi la banque a-t-elle seule poursuivi G. , obtenu un certain montant après saisie et des actes de

défaut de biens. Certes, B.  SA s'est plainte de cette ma-

nière de faire auprès de l'office des faillites, mais celui-ci ne pouvait

pas empêcher la banque de poursuivre la débitrice en son propre nom et

revenir sur des poursuites déjà engagées. Dès lors, en n'agissant pas

elle-même contre la débitrice pour obtenir le paiement de la créance, la

plaignante a pris le risque de ne pas pouvoir prétendre à la répartition

des sommes encaissées par l'autre cessionnaire, qui seules pouvaient

donner lieu - comme l'a relevé l'office des faillites - à une répartition

selon tableau de distribution spécial. L'administration de la faillite

pouvait donc considérer, comme elle l'a fait implicitement, qu'en présence

d'un seul créancier il n'y avait plus lieu de procéder à une distribution

du résultat de la cession. La plainte, qui est dirigée contre l'office des

faillites, est ainsi mal fondée et doit être rejetée. Les droits éventuels

de B.  SA à l'encontre de la Banque Y. doivent être

réservés, mais ressortiraient au juge civil.

 

4.      Dans la procédure de plainte devant l'autorité de surveillance,

il n'est pas perçu de frais ni alloué de dépens (art.20a al.1 LP; 61 al.2

litt.a, 62 al.2 OELP).

 

                             Par ces motifs,

                 L'AUTORITE CANTONALE DE SURVEILLANCE LP

 

1. Rejette la plainte.

 

2. Dit qu'il n'est pas perçu de frais ni alloué de dépens.

 

Neuchâtel, le 5 février 1998