TRIBUNAL CANTONAL

COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

 

Arrêt du 28 avril 2011

Composition

M. Alain Zumsteg, président; Mme Imogen Billotte et M. Pierre Journot, juges.

 

Recourant

 

Jean-Pierre EHRAT, à Sugnens,

  

Autorités intimées

1.

Municipalité de Sugnens, 

 

 

2.

Service des forêts, de la faune et de la nature,  

  

 

Objet

Recours Jean-Pierre EHRAT c/ décision de la Municipalité de Sugnens du 18 janvier 2011 (rénovation d'une piste forestière, parcelle n°435)

 

Vu les faits suivants

A.                                La Commune de Sugnens est propriétaire, au lieu-dit "Le Chanay", de la parcelle n° 435, en nature de forêt. Elle projette d'y rénover une piste forestière et d'y aménager une place de dépôt de bois, à l'extrémité du chemin public (DP 1'880) qui borde cette parcelle au nord.

Ce projet a été mis à l'enquête publique du 3 septembre au 4 octobre 2010. Il a suscité l'opposition de M. Jean-Pierre Ehrat. Celui-ci faisait valoir, en bref, qu'il n'y avait jamais eu de piste forestière à rénover, qu'il s'agissait de la création d'un chemin, voire d'une route forestière nouvelle, portant atteinte à la faune et à la flore et que les travaux prévus avaient "d'autres buts, inavoués … que l'exploitation forestière …".

B.                               Le 23 décembre 2010, la Centrale des autorisations du Département des infrastructures (CAMAC) a communiqué à la municipalité les autorisations spéciales du Service des eaux, sols et assainissement (SESA), du Service du développement territorial (SDT) et du Service des forêts, de la faune et de la nature (SFFN). Ce dernier a "pris note de l'opposition déposée lors de l'enquête publique. Toutefois, considérant qu'aucun biotope digne de protection n'est supprimé par les travaux, que la place de bois est localisée à la fin du DP 1'880 et que le passage de la faune n'est pas compromis par la rénovation de la piste forestière", il a délivré l'autorisation requise, sous certaines conditions.

Par lettre du 18 janvier 2011, la Municipalité de Sugnens a informé M. Ehrat de la décision du SFFN et elle a levé son opposition.

C.                               M. Ehrat a recouru contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal le 10 février 2011, concluant à l'annulation de la décision attaquée.

Invité par le juge instructeur à justifier sa qualité pour recourir, M. Ehrat s'est expliqué à ce sujet par lettre du 24 février 2011.

Le tribunal a statué sans solliciter de réponse de l'autorité intimée (art. 82 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; RSV 173.36).

Considérant en droit

1.                                Selon l'art. 75 LPA-VD, a qualité pour former recours toute personne physique ou morale ayant pris part à la procédure devant l'autorité précédente ou ayant été privée de la possibilité de le faire, qui est atteinte par la décision attaquée et qui dispose d'un intérêt digne de protection à ce qu'elle soit annulée ou modifiée (let. a), ainsi que toute autre personne ou autorité qu'une loi autorise à recourir (let. b).

L'art. 75 LPA-VD a repris en substance le contenu de l'art. 37 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédure administratives (LJPA), en vigueur jusqu'au 31 décembre 2008, de sorte qu'on peut se référer à la jurisprudence y relative, laquelle renvoyait à la jurisprudence concernant la qualité pour déposer un recours de droit administratif devant le Tribunal fédéral en application de l'art. 103 let. a de la loi fédérale d'organisation judiciaire du 16 décembre 1943 (OJ), en vigueur jusqu'au 31 décembre 2006 (cf. CDAP, arrêts GE.2009.0040 du 16 septembre 2009 consid. 1; AC.2009.0057 du 17 août 2009 consid. 2). La notion d'intérêt digne de protection est au surplus la même que celle de l'art. 89 al. 1 let. c de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF; RS 173.110), de sorte qu'elle peut aussi être interprétée à la lumière de la jurisprudence concernant cette disposition (arrêt BO.2009.0020 du 3 décembre 2009).

Constitue un intérêt digne de protection, au sens de ces dispositions, tout intérêt pratique ou juridique à demander la modification ou l'annulation de la décision attaquée que peut faire valoir une personne atteinte par cette dernière. L'intérêt digne de protection consiste ainsi en l'utilité pratique que l'admission du recours apporterait au recourant en lui évitant de subir un préjudice de nature économique, idéale, matérielle ou autre que la décision attaquée lui occasionnerait (ATF 135 II 145 consid. 6.1 p. 150; 133 II 400 consid. 2.2 p. 404; 409 consid. 1.3 p. 413; 131 II 361 consid. 1.2 p. 365; 587 consid. 2.1 pp. 588 ss; 649 consid. 3.1 p. 651; 131 V 298 consid. 3 p. 300). Le recours d'un particulier formé dans l'intérêt général ou dans l'intérêt d'un tiers est exclu (ATF 135 II 145 consid. 6.1 p. 150; 133 II 468 consid. 1 pp. 469 ss; 131 II 649 consid. 3.1 p. 651). Par ailleurs, le droit de recours suppose d'existence d'un intérêt actuel à obtenir l'annulation ou la modification de la décision attaquée (ATF 136 II 101 consid. 1.1 p. 103; 131 II 361 consid. 1.2 p. 365).

2.                                Invité à justifier sa qualité pour agir, le recourant a répondu en ces termes:

1.      a.   En ma qualité de citoyen de Sugnens, j'utilise mon droit d'expression;

        b.   Défenseur de la nature, des forêts et de la faune, j'estime que les travaux prévus porteraient préjudice à celles-ci.

2.      a.   Comme préposé agricole, je dois intervenir dans cette affaire puisque le tas de «matériaux divers» est entreposé en partie sur une prairie extensive, ce qui est interdit;

        b.   Mon intervention est basée sur le non respect des lois ou ordonnances fédérales et cantonales sur les forêts, soit selon [suit une énumération de ces textes et la citation de différentes dispositions]

(…)

Enfin, pour appuyer encore ma légitimité à recourir dans la présente cause, je cite le Code civil suisse:

Livre premier:

Droit des personnes

Titre premier:

Des personnes physiques

Chapitre premier:             De la personnalité

«Aux art. 11, 12 et 13 CC»:

«12: annotation: «Celui qui a la capacité civile a le droit d'ester en justice ATF 42 II 553 JT 1917 I 304, ATF 48 II 26 JT 1922 I 418»…….

Ainsi que l'art. 28 CC.

a) La liberté d'expression (art. 16 al. 2 de la Constitution fédérale du 18 avril 1999 [CST; RS 101]) n'emporte pas le droit d'intervenir en toutes circonstances et en toute procédure, indépendamment des conditions posées par la loi. Il en va de même de l'exercice des droits civils (art. 12 CC), la capacité d'ester en justice ne se confondant pas avec la qualité pour agir. Quant à la protection des droits de la personnalité (art. 28 CC), encore faudrait-il que le recourant explique de quelle atteinte illicite il est victime pour que son invocation présente quelque pertinence.

b) L'intérêt digne de protection exigé par l'art. 79 let. a LPA-VD implique que le recourant soit touché de manière directe, concrète et dans une mesure et avec une intensité plus grandes que la généralité des administrés. L'intérêt invoqué – qui n'est pas nécessairement un intérêt juridiquement protégé, mais peut être un intérêt de fait – doit se trouver, avec l'objet de la contestation, dans un rapport étroit, spécial et digne d'être pris en considération (ATF 135 II 145 et 133 II 468 précités).

En l'occurrence le recourant n'explique pas quels liens particuliers il aurait avec le transfert au domaine public de quelques mètres carrés de terrain communal privé, ni quel préjudice lui porterait cette décision. Il résulte de l'arrêt AC.2010.0092 du 20 janvier 2011 que le recourant habite au nord-nord-est du village de Sugnens, au bord de la route de Fey, à plus d'un kilomètre à vol d'oiseau du chemin forestier projeté. A lire son recours et sa lettre du 24 février 2011, c'est en sa qualité de citoyen qu'il conteste le bien-fondé de la décision municipale. A cet égard, il n'apparaît pas plus touché que les autres habitants de la commune et ne saurait être admis à recourir dans l'intérêt général (ATF 135 II 145 et 133 II 468 précités).

c) Enfin, le recourant se prévaut en vain de la qualité de préposé agricole. Les préposés agricoles effectuent des tâchent de renseignement, de recensement, de vérification et de contrôle dans le terrain conformément aux instructions données par le Service de l'agriculture (cf. art. 31 du règlement d'application de la loi sur l'agriculture vaudoise [RLVLAgr; RSV 910.03.1]). Aucune loi ne les habilite à recourir contre des décisions administratives cantonales ou communales.

3.                                Conformément aux art. 45 et 49 LPA-VD, un émolument sera mis à la charge du recourant débouté. Il n'y a pas lieu à l'allocation de dépens.


 

Par ces motifs
 la Cour de droit administratif et public
du Tribunal cantonal
arrête:

I.                                   Le recours est irrecevable.

II.                                 La cause est rayée du rôle.

III.                                Un émolument de 1'000 (mille) francs est mis à la charge de Jean-Pierre Ehrat.

IV.                              Il n'est pas alloué de dépens.

 

 

Lausanne, le 28 avril 2011

 

                                                          Le président:                                  


 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.


 

 
TRIBUNAL CANTONAL

Av. Eugène-Rambert 15
1014 Lausanne

 

Cour de

droit administratif et public

 

 

   

    Tél : 021/316 12 52

 

 

Communication adressée aux
destinataires mentionnés
au verso ou en annexe

 

 

 

Exemplaire pour

Recommandée

Monsieur

Jean-Pierre EHRAT

Case postale 29

1038 Bercher

 

 

 

Lausanne, le 29 avril 2011/mad