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CANTON DE VAUD TRIBUNAL ADMINISTRATIF |
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Arrêt du 26 septembre 2007 |
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Composition |
M. Robert Zimmermann, président; Mme Lydia Masmejan et M. Dino Venezia, assesseurs. |
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Recourant |
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Christian DENERIAZ, à La Conversion, représenté par Me Yvan Henzer, avocat à Lausanne |
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Autorité intimée |
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Commission communale de recours en matière d'impôts, de la Commune de Lutry |
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Autorité concernée |
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Objet |
Taxe communale égout épuration |
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Recours Christian DENERIAZ c/ décision de la Commission communale de recours en matière d'impôts du 28 février 2007 (raccordement au réseau d'égouts) |
Vu les faits suivants
A. L’hoirie de feu Michel Dénériaz, composée de Christian, Colette, Cécile et Valérie Dénériaz (ci-après: l’Hoirie), était propriétaire de la parcelle n°3871 du registre foncier de Lutry. Sur ce bien-fonds était édifiée une maison d’habitation (n°ECA 1416). Le 15 septembre 2005, l’Hoirie a demandé à la Municipalité de Lutry l’autorisation de démolir le bâtiment n°1416 et de construire à sa place une nouvelle maison. Le 7 novembre 2005, la Municipalité a délivré l’autorisation. Celle-ci était assortie de plusieurs charges et conditions, dont celle figurant sous le ch. 18 était libellée de la manière suivante:
« Les raccordements des canalisations EU et EC aux collecteurs publics devront être effectués selon le régime séparatif pour l’ensemble du bâtiment (partie existante et partie nouvelle ou transformée), conformément aux directives jointes au présent permis de construire (…) ».
En annexe à sa décision, la Municipalité a joint deux documents, comprenant des extraits des règlements communaux relatifs aux conditions de raccordement au réseau d’égouts et au réseau d’eau; Christian Dénériaz a contresigné ces documents le 8 octobre 2005.
B. Le 17 novembre 2005, la commune de Lutry a notifié à Christian Dénériaz, pour le compte de l’Hoirie, deux bordereaux (n°190045 et 190046), portant sur la contribution provisoire pour le raccordement au réseau des égouts, pour un montant de 9'468,80 fr., et pour le raccordement au réseau de fourniture d’eau, pour un montant de 6'307,85 fr.
Le 19 décembre 2005, l’Hoirie a recouru notamment contre ces deux bordereaux, en faisant valoir que le bâtiment n°1416 était déjà raccordé aux réseaux publics et que la nouvelle construction édifiée à sa place n’entraînerait aucun coût supplémentaire à charge de la commune. Celle-ci a fourni des explications, le 12 janvier 2006. Pas convaincue, l’Hoirie a maintenu sa position et manifesté son intention de recourir. La Municipalité a transmis l’affaire à la Commission communale de recours en matière d’impôts (ci-après: la Commission communale), laquelle a rejeté le recours, par prononcé du 28 février 2007.
C. Christian Dénériaz (devenu dans l’intervalle le seul propriétaire de la parcelle n°3871) a recouru, en concluant principalement à l’annulation des bordereaux n°190045 et 190046, subsidiairement à la réduction de leurs montants à 4'734,40 fr. et 3'153,90 fr. La Commission communale et la Municipalité proposent le rejet du recours. Invité à répliquer, le recourant a maintenu ses conclusions.
D. Le Tribunal a statué par voie de circulation.
Considérant en droit
1. a) Les cantons veillent à ce que les coûts de construction, d’exploitation, d’entretien, d’assainissement et de remplacement des installations d’évacuation et d’épuration des eaux concourant à l’exécution de tâches publiques soient mis, par l’intermédiaire d’émoluments ou d’autres taxes, à la charge de ceux qui sont à l’origine de la production d’eaux usées (art. 60a al. 1 de la loi fédérale du 24 janvier 1991 sur la protection des eaux - LEaux; RS 814.20). Aux termes de l’art. 66 de la loi cantonale du 17 septembre 1974 sur la protection des eaux contre la pollution (LVPEP; RSV 814.31), les communes peuvent percevoir un impôt spécial et des taxes pour couvrir les frais d’aménagement et d’exploitation du réseau des canalisations publiques et des installations d’épuration (al. 1); elles peuvent également percevoir une taxe d’introduction et une redevance annuelle pour l’évacuation des eaux claires dans le réseau des canalisations publiques (al. 2). Pour la livraison de l’eau, la commune peut exiger en outre du propriétaire le paiement d’une taxe unique fixée au moment du raccordement au réseau (art. 14 al. 1 let. a de la loi du 30 novembre 1964 sur la distribution de l’eau – LDE; RSV 721.31). Ces dispositions renvoient pour le surplus à la loi su 5 décembre 1956 sur les impôts communaux (LIC; RSV 650.11). L’art. 4 LIC autorise les communes à percevoir des taxes spéciales en contrepartie de prestations ou d’avantages déterminés ou de dépenses particulières (al. 1); ces taxes font l’objet de règlements communaux (al. 2); elles ne peuvent être perçues qu’auprès des personnes bénéficiant des prestations ou avantages ou ayant provoqué les dépenses dont elles constituent la contrepartie (al. 3); leur montant doit être proportionné à ces prestations, avantages ou dépenses (al. 4). Si les communes utilisent la valeur d’assurance incendie (valeur ECA) pour le calcul des taxes de raccordement et d’introduction aux réseaux publics de distribution et d’évacuation d’eau, elles doivent prendre en compte la valeur ECA déterminante au moment du raccordement; une taxe complémentaire ne peut être perçue que si des travaux ont été entrepris dans l’immeuble (art. 4a LIC).
Aux termes de l’art. 40 du règlement communal du service des eaux, dans sa teneur du 15 février 1993, approuvé par le Conseil d’Etat le 19 mars 1993 (RSE), pour tout ouvrage nouvellement raccordé directement ou indirectement au réseau d’eau, il est perçu du propriétaire une taxe unique de raccordement calculée au taux de 7 pour mille de la valeur d’assurance incendie (valeur ECA) dudit bâtiment, rapportée à l’indice 100 de 1990 (al. 1); tout bâtiment ou ouvrage reconstruit après démolition complète et volontaire d’immeubles préexistants est assimilé à un nouveau raccordement (al. 3). A teneur de l’art. 45 du règlement communal sur l’évacuation et l’épuration des eaux usées, du 20 mars 2006, approuvé par le Département de la sécurité et l’environnement le 2 mai 2006 (REE), pour tout bâtiment ou ouvrage nouvellement raccordé directement ou indirectement aux collecteurs d’eau usées (EU) et d’eaux claires (EC), il est perçu du propriétaire une taxe unique de raccordement, calculée selon l’annexe au REE (al. 1); tout bâtiment ou ouvrage reconstruit après démolition complète et volontaire d’immeubles préexistants, est assimilé à un nouveau raccordement (al. 3). Les RSE et le REE instituent une taxe unique de raccordement complémentaire, dont le taux est réduit par rapport à la taxe unique au sens des art. 40 RSE et 45 REE, en cas de travaux de transformation, d’agrandissement et/ou de reconstruction, soumis à permis de construire (art. 41 al. 1 RSE et 48 al. 1 REE); y sont assimilés les cas où un bâtiment est reconstruit après un sinistre ou la démolition partielle d’immeubles préexistants (art. 41 al. 3 RSE et 48 al. 3 REE).
Les taxes de raccordement au réseau des égouts et de la distribution d’eau sont des contributions causales, liées à un avantage dont les débiteurs bénéficient de manière particulière, contrairement aux autres administrés. La contribution unique de raccordement instituée par l'art. 14 al. 1 lit. a LDE a pour principale fonction de compenser l'avantage économique que retire le propriétaire de l'équipement de distribution d'eau et, partant, de l'augmentation de son bien-fonds ; il en va de même de la contribution unique instituée par l’art. 66 al. 1 LVPEP. Les réseaux de distribution d'eau potable ou d'égouts notamment confèrent aux biens-fonds privés une plus-value justifiant la perception d'une contribution auprès de leurs propriétaires. La concrétisation de cette plus-value apparaît notamment lors de la construction de bâtiments, respectivement lors de la transformation et l'agrandissement de ces derniers (ATF 129 I 346 consid. 5.1 p. 354; arrêts FI.2005.0155 du 28 décembre 2005, consid. 3b/cc; FI.2003.0093 du 12 juillet 2004, consid. 2a).
b) Selon le recourant, le fait consistant, comme en l’espèce, à démolir une maison raccordée aux réseaux publics et à la remplacer par une maison nouvelle, ne constituerait pas un fait générateur de la taxe unique de raccordement au sens des art. 40 RSE et 45 REE, mais tout au plus d’une taxe complémentaire, au sens des art. 41 RSE et 48 REE.
Dans son arrêt du 6 décembre 1991 (reproduit in RDAF 1991 p. 163ss), la Commission cantonale de recours en matière d’impôts, qui a précédé le Tribunal de céans, a déjà tranché ce point, relativement à des dispositions communales équivalentes à celles litigieuses. Elle a considéré que la construction d’un nouveau bâtiment en lieu et place de l’ancien, de dimensions plus grandes, entraînait une contre-prestation de la collectivité impliquant la perception d’une taxe de raccordement complète, et non point d’une taxe complémentaire (consid. 2a de l’arrêt précité). Elle a tenu en outre pour justifiée la distinction opérée à cet égard entre la démolition et reconstruction volontaire d’un bâtiment et la reconstruction après sinistre ou la démolition partielle, donnant lieu uniquement à la perception d’une taxe complémentaire (consid. 2b de l’arrêt précité). Au regard du texte clair des art. 40 et 41 RSE, ainsi que des art. 45 et 48 REE – dont la Municipalité avait expressément rappelé la teneur au recourant au moment de l’octroi de l’autorisation de construire – il n’y a pas lieu de s’écarter de cette jurisprudence.
Contrairement à ce que soutient le recourant dans sa réplique du 29 mai 2007, les travaux autorisés le 15 septembre 2005 ne peuvent être considérés comme une simple reconstruction du bâtiment préexistant. Il suffit pour s’en convaincre de se rapporter au dossier de l’autorisation de construire, notamment aux plans. Ces documents montrent bien que le bâtiment préexistant a été démoli pour être remplacé par une nouvelle maison dont l’implantation, l’orientation et la disposition sont différentes, avec une augmentation de la surface et du volume du bâtiment. Peu importe à cet égard que certaines annexes de la maison, comme le garage et la piscine, n’aient pas été modifiés. L’essentiel est que le bâtiment mettant le plus à contribution le réseau public a été démoli et intégralement remplacé par une construction entièrement nouvelle, comme en l’occurrence.
2. Pour le recourant, il n’y aurait pas lieu de faire de distinction entre le cas où, comme en l’espèce, un bâtiment existant est démoli et remplacé par un bâtiment neuf (ce qui donne lieu à la perception d’une taxe entière selon les art. 40 RSE et 45 REE), et celui où un bâtiment est reconstruit après un sinistre, partiellement démoli ou transformé (ce qui donne lieu à la perception d’une taxe complémentaire, dont le taux est réduit, selon les art. 41 RSE et 48 REE). Le recourant se plaint à cet égard d’une inégalité de traitement.
a) Il y a inégalité de traitement au sens de l'art. 8 al. 1 Cst. lorsque, sans motifs sérieux, deux décisions soumettent deux situations de fait semblables à des règles juridiques différentes; les situations comparées ne doivent pas nécessairement être identiques en tous points, mais leur similitude doit être établie en ce qui concerne les éléments de fait pertinents pour la décision à prendre (ATF 132 I 68 consid. 4.1 p. 74; 131 I 1 consid. 4.2 p. 6/7, 313 consid. 3.2 p. 316/317, 377 consid. 2.1 p. 380, 394 consid. 4.2 p. 399, et les arrêts cités).
b) Contrairement à ce que soutient le recourant, l’impact, sur le réseau de distribution, de la reconstruction dans le même volume d’un bâtiment détruit après un incendie ou une catastrophe naturelle n’est pas le même que la démolition volontaire d’un bâtiment reconstruit dans des dimensions supérieures, comme c’est le cas en l’occurrence. Dans le second cas en effet, le réseau public est mis à contribution de manière accrue. En outre, lorsqu’un bâtiment est démoli, le coût de la taxe de raccordement a généralement été amorti, ce qui peut justifier l’obligation de payer une nouvelle taxe pour le nouveau bâtiment; une telle solution ne heurte pas le principe d’égalité (cf. arrêt de la Commission cantonale de recours du 6 décembre 1991, précité, consid. 2b).
3. Le recourant invoque les principes d’équivalence et de couverture des frais.
a) Le principe de la couverture des frais veut que l’ensemble des ressources provenant d’un émolument ou d’une taxe causale, comme en l’occurrence, ne dépassent pas (ou très peu) le montant total des dépenses consenties par la collectivité pour l’activité administrative en cause (ATF 132 I 47 consid. 4.1 p. 55; 131 II 735 consid. 3.2 p. 739/740, et les arrêts cités; cela comprend les frais généraux, ainsi que les intérêts et les amortissements). Selon le principe d’équivalence, le montant de l’émolument ou de la taxe doit être en rapport avec la valeur objective de la prestation fournie et rester dans des limites raisonnables; la valeur de la prestation se mesure soit à son utilité pour le contribuable, soit à son coût par rapport à l’ensemble des dépenses de l’activité administrative en cause (ATF 132 II 47 consid. 4.1 p. 55/56; 131 II 735 consid. 3.2 p. 739/740, et les arrêts cités). Dans un cas comme dans l’autre, un certain schématisme n’est pas exclu (ATF 126 I 180 consid. 3a p. 188).
b) Le recourant ne conteste pas le montant de la taxe, ni son mode de calcul. Reprenant ses moyens précédents, il expose que le raccordement étant déjà effectué sur l’ancien bâtiment, il n’aurait pas à prendre en charge les frais d’une prestation étatique déjà fournie. Cette argumentation recoupe celle liée à la prétendue inexistence d’un fait générateur de la taxe, grief écarté ci-dessus (consid. 1b). Il n’y a ainsi pas lieu d’y revenir, le recourant ne prétendant pas, de surcroît, que le montant de la taxe aurait été calculé erronément ou en violation des principes de couverture des frais et d’équivalence.
4. Le recours doit ainsi être rejeté, et la décision attaquée confirmée. Les frais sont mis à la charge du recourant; il n’y a pas lieu d’allouer des dépens à la Municipalité, celle-ci ayant participé à la procédure sans le concours d’un mandataire (art. 55 de la loi du 18 décembre 1989 sur la juridiction et la procédures administratives – LJPA; RSV 173.36).
Par ces motifs
le Tribunal administratif
arrête:
I. Le recours est rejeté.
II. La décision rendue le 28 février 2007 par la Commission communale de recours en matière d’impôts de la Commune de Lutry est confirmée.
III. Un émolument de 1'000 fr. est mis à la charge du recourant.
IV. Il n’est pas alloué de dépens.
Lausanne, le 26 septembre 2007
Le président:
Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint. Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral. Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.