TRIBUNAL CANTONAL

COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

 

Arrêt du 20 décembre 2019  

Composition

M. Laurent Merz, président; M. Guillaume Vianin, juge et M. Michel Mercier, assesseur; M. Vincent Bichsel, greffier

 

Recourante

 

A.________, à ********, représentée par Me Carole WAHLEN, avocate à Lausanne,  

  

Autorité intimée

 

Service juridique et législatif, Autorité d'indemnisation LAVI, à Lausanne   

  

 

Objet

Divers    

 

Recours A.________ c/ décision du Service juridique et législatif, Autorité d'indemnisation LAVI, du 30 mai 2018 - dossier joint: GE.2018.0254 Recours A.________ c/ décision du Service juridique et législatif, Autorité d'indemnisation LAVI, du 5 novembre 2018 (réparation morale)

 

Vu les faits suivants:

A.                     a) Par jugement rendu le 26 juin 2015, le Tribunal criminel d'arrondissement de Lausanne a notamment condamné B.________, ressortissant kosovar né en 1985, à la peine privative de liberté à vie pour assassinat, lésions corporelles simples qualifiées, tentative de lésions corporelles simples qualifiées, voies de fait qualifiées, vol, dommages à la propriété, escroquerie, tentative d'escroquerie, menaces qualifiées, tentative de contrainte, violation de domicile, contrainte sexuelle, viol, violation du devoir d'assistance et d'éducation, faux dans les titres, infraction à la loi fédérale sur les armes, violations simple et grave des règles de la circulation, violation des devoirs en cas d'accident et contravention à la loi fédérale sur les stupéfiants (ch. II du dispositif), ordonné le maintien en détention de l'intéressé pour des motifs de sûreté (ch. III) et dit qu'il était reconnu débiteur de son ancienne épouse A.________ (la recourante), ressortissante kosovare née en 1985, et lui devait immédiat paiement de 40'000 fr. avec intérêts à 5 % l'an dès le 29 octobre 2012, à titre de réparation du tort moral (ch. XII). Il résulte de ce jugement en particulier ce qui suit:

              "III. SITUATION CONJUGALE DU COUPLE B.________ – A.________

2.            a) L'acte d'accusation établi par le Ministère public de l'arrondissement de Lausanne le 21 janvier 2015 décrit la situation familiale du couple dans un préambule que l'on reprend ci-dessous et que l'on complètera ensuite; ce préambule a la teneur suivante:

              « B.________ et A.________, née ********, se sont mariés religieusement en 2004 et civilement en 2007 […]. Deux enfants - C.________ et D.________ nés respectivement le ********2008 et le ********2010 - sont issus de leur union […]. Le 12 avril 2012, suite à des violences domestiques et à des menaces de mort envers elle, leurs enfants et sa famille à elle qui duraient depuis plusieurs années, A.________ est allée se réfugier avec ses enfants au Centre d'accueil de Malley Prairie […]. Par ordonnance de mesures superprovisionnelles de l'union conjugale du 10 mai 2012, le Président du Tribunal civil de l'arrondissement de Lausanne a interdit à B.________ […] de s'approcher d'A.________ et de leurs enfants ainsi que du Centre d'accueil de Malley Prairie jusqu'au prononcé définitif et exécutoire de mesures protectrices de l'union conjugale […]. Néanmoins, lors de l'audience de mesures protectrices de l'union conjugale du 25 mai 2012, A.________, qui était toujours sous la coupe de B.________, a retiré sa requête du 9 mai 2012 et a affirmé vouloir reprendre la vie commune avec son époux […]. Au vu de la situation familiale, le Président du Tribunal civil a, malgré tout, par prononcé de mesures protectrices de l'union conjugale du 6 juin 2012, interdit à B.________ […] d'approcher ses enfants […] jusqu'à nouvelle décision après dépôt du rapport d'évaluation par le Service de protection de la jeunesse […]. En dépit de ce prononcé, A.________ a repris la vie commune avec son époux et leurs enfants […]. Les violences domestiques ont alors repris […], si bien qu'A.________ a déposé une nouvelle demande de mesures protectrices de l'union conjugale le 2 octobre 2012 […] et s'est à nouveau réfugiée avec ses enfants au Centre d'accueil de Malley Prairie le 4 octobre 2012 […]. Elle n'a plus réintégré le domicile conjugal par la suite. Une audience de mesures protectrices de l'union conjugale a été fixée par le Tribunal civil de l'arrondissement de Lausanne pour le 25 octobre 2012 […]. En vue de cette audience, le Service de protection de la jeunesse a été invité à établir un rapport sur la situation des enfants […], rapport qui a conclu au placement en foyer de ces enfants […]. B.________ a fait défaut à l'audience du 25 octobre 2012 […]. Depuis courant 2010, B.________ avait une relation extraconjugale avec E.________. ».

              b) La consultation du dossier civil archivé […] ainsi que la consultation des pièces citées dans la passage reproduit ci-dessus, démontrent que l'état de faits susrelaté est exact. […]

              […]

              Maintenant, les époux sont divorcés et A.________ est redevenue A.________. […]

              […]

              III. FAITS

              Homicide

3.            L'acte d'accusation précité est ainsi libellé […]:

              « ii. Naissance du projet homicide

              Fin septembre 2012, face au départ de son épouse et de ses enfants du domicile conjugal, B.________, qui possédait notamment un pistolet […], a réagi en décidant de mettre fin aux jours de F.________, le frère aîné de son épouse. […]

              […]

              2) Le 29 octobre 2012, […] B.________ a […] décidé de passer à l'acte. […] Muni de son pistolet, il est descendu du véhicule en demandant à E.________ de l'attendre et s'est rendu au box de voiture loué par F.________. Ce box […] était ouvert. F.________, qui s'apprêtait à aller au travail et avait laissé tourner le moteur de sa voiture […], était à l'intérieur de celui-ci. A peine arrivé sur les lieux, B.________ a sorti son pistolet et a tiré trois coups de feu sur son beau-frère. […] B.________ a quitté les lieux immédiatement après avoir tiré trois coups de feu. […] Quant à F.________, il est décédé très rapidement sur place suite aux lésions thoraciques provoquées par le projectile dont l'orifice d'entrée se situait dans son dos […].

[…]

8.            Le Tribunal indique ici l'état de faits qu'il retient […].

              […]

              b) Pour le meurtre, respectivement l'assassinat, le Tribunal […] retient […] que le geste de B.________ était prémédité; […] le Tribunal peut se convaincre sans hésitation que les moyens de défense de B.________ sont autant de mensonges et d'affabulations; fâché qu'on lui résiste, et de toute évidence très intolérant à toute forme de frustration et de contrariété, B.________ s'est vengé contre son beau-frère, pour atteindre et A.________ et l'ensemble de la famille ********. Il a littéralement exécuté sa victime. Son comportement répond pleinement aux définitions légale et jurisprudentielle de l'assassinat; il a préparé son geste, épié son beau-frère, choisi le moment propice et tué froidement une personne qui ne le menaçait pas, sur un mode qui ne laissait aucune chance à sa victime. […] On verra plus bas, notamment, que B.________ porte la responsabilité très prépondérante, puis exclusive, du conflit conjugal d'avec son ex-épouse, et, respectivement, de l'évolution de ce dernier. Lorsqu'elle a été entendue le soir du meurtre […], A.________ a dit notamment: « si B.________ s'en est pris à mon frère, ou si c'est lui qui l'a tué, c'est pour me faire du mal à moi parce qu'il a mis à exécution les menaces qu'il avait proférées contre moi-même ou ma famille… » […]. Ces déclarations de la sœur de la victime et épouse du prévenu au moment du drame […] correspondent à l'état de faits que retient le Tribunal après toute l'enquête et au moment de rendre son jugement.

              c) L'assassin est une personne qui agit de sang-froid, sans scrupules, démontre un égoïsme primaire et odieux avec une absence quasi-totale de tendances sociales, et qui, dans le but de poursuivre ses propres intérêts, ne tient absolument pas compte de la vie d'autrui […]. En l'espèce, B.________ répond parfaitement à cette définition. Son acte dénote le plus complet mépris de la vie d'autrui, le malheureux F.________ n'ayant que le tort d'être le frère aîné d'une épouse qui avait eu le front, aux yeux du prévenu, de ne plus admettre d'être battue et méprisée, et en plus celui d'avoir osé saisir le juge civil. […] Ce qui a vexé l'auteur, homme intolérant, méchant et revanchard, c'est que, pour une fois, son épouse, membre de la famille ********, lui a résisté et a saisi la justice. La souffrance de ne pas voir des enfants dont tout indiquait qu'ils devaient être mis à l'abri d'un père violent et inadéquat n'est pas un argument de nature à modifier la qualification d'assassinat, que le Tribunal retient. […]

[…]

              Autres activités délictueuses de B.________

10.          a) On reproduit en premier lieu les chiffres 15 à 21 de l'acte d'accusation, qui ont la teneur suivante:

              « A. Violences domestiques envers A.________, violation du devoir d'assistance ou d'éducation envers ses enfants et menaces envers sa belle-famille:

15) Essentiellement à ********, à leur domicile conjugal […], entre la mi-mars 2008 et le 12 avril 2012, B.________ s'en est, à de très nombreuses reprises, pris physiquement à son épouse A.________ en la frappant, notamment avec ses mains et ses poings. Il visait le plus souvent le visage de son épouse. Il est aussi arrivé, à plusieurs reprises, à B.________ de jeter des objets sur son épouse […]. Après la naissance de leurs enfants C.________ et D.________, nés respectivement les ********2008 et ********2010, ces violences se passaient en présence de ces derniers. Le prévenu a ainsi mis en danger le développement psychique de ses enfants.

[…]

16) A leur domicile conjugal, à ******** notamment, entre le 26 mars 2008 et le 12 avril 2012, B.________ s'est, à de très nombreuses reprises, adressé à A.________ en proférant des menaces de mort envers elle, leurs enfants C.________ et D.________ et sa famille à elle.

[…]

17) A ********, entre courant 2010 et le 12 avril 2012, B.________ a mis en danger le développement psychique de son fils D.________ […] en lui apprenant comment tenir une arme de poing pour tuer des gens. […]

[…]

18) A leur domicile conjugal de ********, entre l'été 2010 et le 12 avril 2012, B.________, qui faisait vivre son épouse dans un climat de terreur en raison des violences physiques et des menaces de mort qu'il lui faisait endurer depuis plusieurs années, a contraint, à de très nombreuses reprises, A.________ à entretenir des relations sexuelles complètes avec lui et à lui faire des fellations, alors qu'elle ne le voulait pas. […]

[…]

19) Entre le 6 et le 9 mai 2012, B.________ a envoyé plusieurs sms menaçants à A.________, dont il vivait séparé, pour tenter de la contraindre à lui remettre la garde de leurs enfants C.________ et D.________. […]

[…]

20) A leur domicile conjugal de ********, entre courant mai 2012 et le 29 septembre 2012, B.________ a, à plusieurs reprises, contraint A.________, qui avait repris la vie commune avec lui et leurs enfants après un séjour au Centre d'accueil de Malley Prairie à Lausanne, à entretenir des relations sexuelles complètes avec lui et à lui faire des fellations. A.________ étant toujours sous la coupe du prévenu, ce dernier a agi dans les mêmes circonstances que celles qui prévalaient avant le séjour de son épouse et de leurs enfants au Centre d'accueil de Malley […].

[…]

21) A leur domicile conjugal de ********, le 29 septembre 2012, B.________, qui s'était énervé envers A.________, à laquelle il reprochait d'avoir une relation intime avec un autre homme, a giflé à deux ou trois reprises cette dernière et l'a menacée de mort […].

[…] »

              b) A l'enquête comme aux débats, A.________ a donné des versions concordantes […]. A.________ confirme que tous les cas, soit 15 à 21, se sont passés comme décrits dans l'acte d'accusation, y compris les violences à caractère sexuel. […]

              […]

              c) Le Tribunal n'a guère d'hésitation à retenir que c'est la version de A.________ qui doit être privilégiée. Ce qu'elle a vécu et subi, avant de saisir la justice civile, est particulièrement cruel. Il n'y a aucun argument à tirer en faveur du prévenu du fait que la vie conjugale a repris au printemps 2012, tant ce cas de figure est fréquent dans les situations de violences conjugales, particulièrement s'agissant de victimes assez esseulées et ne sachant à qui s'adresser, comme l'était A.________, qui n'exerçait pas d'activité lucrative et qui était le plus souvent chez elle. Il n'y a pas d'argument en faveur du prévenu du fait qu'en 2006, les époux ont été condamnés tous deux pour des voies de fait, ceci étant révélateur de ce que A.________ s'est parfois défendue, à une époque où elle n'avait pas encore d'enfant, et qu'elle n'a plus pu le faire par la suite. Cette soumission est tout à fait typique de l'attitude des victimes face à ce qu'il faut bien appeler un tyran domestique. On retiendra donc tous les faits retenus dans l'acte d'accusation […]. On observera que les voies de fait qualifiées antérieures au 26 juin 2012 sont couvertes par la prescription. […]

              d) Pour les cas n° 15 à 21, il y a lieu de retenir à charge du prévenu les chefs d'accusation de lésions corporelles simples qualifiées et tentative de ce délit, voies de fait qualifiées pour ce qui n'est pas couvert par la prescription, menaces qualifiées, tentative de contrainte, contrainte sexuelle, viol et violation du devoir d'assistance et d'éducation.

              e) Aux débats […], le conseil de A.________ a produit une attestation médicale actualisée, du 16 juin 2015 […]. Ce certificat indique que A.________ est régulièrement suivie depuis l'homicide, et que, en substance, elle souffre d'un syndrome de stress post-traumatique se manifestant par des signes tels que l'intrusion, l'hyper-vigilance, l'évitement et des épisodes dissociatifs. Elle manifeste également des symptômes dépressifs avec troubles divers, tout ceci étant en concordance avec les faits qu'elle relate.

11.          a) Les chiffres 22 à 25 de l'acte d'accusation ont la teneur suivante:

              « […]

              24) Depuis la Prison ******** où il était détenu avant jugement, entre le 1er et le 19 avril 2013, B.________ a adressé à Me Carole WAHLEN, conseil de son épouse A.________ dans le cadre de la procédure civile les opposant et dans la présente procédure pénale, un message écrit destiné à son épouse, que l'établissement de détention avant jugement n'avait pas envoyé à la direction de la procédure de l'époque pour contrôle. […]

[…]

              25) Depuis la Prison ******** où il était détenu avant jugement, entre fin avril et début mai 2013, B.________ a adressé à Me Carole WAHLEN […] un message écrit destiné à son épouse, que l'établissement de détention avant jugement n'avait pas envoyé à la direction de la procédure de l'époque pour contrôle. […]

[…] »

              b) Les faits ne sont pas contestés dans leur matérialité. Quoi qu'en dise le prévenu, ils sont tout à la fois graves et constitutifs de tentative de contrainte, ce dernier délit absorbant les menaces […]. Ils sont graves parce qu'ils démontrent encore aux victimes que le prévenu, tout à sa rage et à sa volonté de nuire, ose encore, depuis des locaux de police et depuis une prison, continuer à se manifester, sur un mode de grande violence verbale ou de messages virulents, ce qui revient à continuer à tourmenter et à harceler ses victimes. […]

[…]

12.          a) Les chiffres 26 à 31 de l'acte d'accusation ont la teneur suivante:

              […]

28) Dans la région ********, en mai 2011, B.________, par l'intermédiaire d'O.________ (déféré séparément) qui lui avait proposé de l'aider à obtenir de manière astucieuse un crédit de CHF 30'000.- auprès de H.________ AG, a présenté une telle demande de crédit au nom d'A.________ (déférée séparément) via Internet en indiquant faussement que cette dernière était célibataire et était employée pour une durée indéterminée […] et a produit de faux documents auprès de H.________ AG afin d'obtenir ledit crédit. Les faux documents produits étaient de fausses fiches de salaires […] et trois faux relevés du compte ******** […] au nom d'A.________ […] ainsi qu'un document […] indiquant faussement qu'A.________ n'avait pas de poursuites […]. Sur la base des fausses informations fournies par B.________, H.________ AG a conclu le contrat […] que le prévenu a signé au nom de son épouse en imitant la signature de cette dernière […].

[…]

[Les chiffres 29 et 30 de l'acte d'accusation portent également sur des demandes de crédits déposées par B.________ au nom de son épouse avec production de faux documents et, dans le premier cas, imitation de sa signature; la première de ses demandes n'a toutefois pas abouti, la banque concernée n'ayant pas été convaincue par les faux documents, et la seconde demande a été spontanément retirée par l'intéressé (au nom de son épouse)]

[…]

              IV. CULPABILITES ET PEINES

17.          […]

              e) La culpabilité de B.________ est extrême et, serait-on tenté d'écrire, absolue. Les considérations évoquées plus haut pour qualifier l'assassinat […] peuvent être reprises et doivent être complétées ici. Après avoir contribué de manière exclusive à ce que son épouse demande et obtienne la séparation, après des années de violence de tous ordres, de mépris pour l'intégrité corporelle et sexuelle de A.________, B.________ n'a pas supporté qu'on lui tienne tête et a entrepris de se venger. […] B.________ ne peut tirer aucun argument de la prétendue culture de son pays d'origine et ne saurait espérer faire croire qu'il était habilité à se promener armé et à se faire justice lui-même. En exécutant littéralement un individu qui n'avait que le tort d'être le frère de son épouse, […] B.________ a démontré le même mépris de la vie d'autrui qu'un tueur à gage. Il n'assume pas ses actes puisque, lorsqu'il veut bien parler, il nie l'évidence […]. Même si l'on peut toujours concevoir l'existence d'un crime encore plus grave, celui-ci dépasse l'entendement; B.________ est un exemple absolu d'égoïsme primaire et odieux, agissant avec un sang-froid sidérant, avant, pendant et après son forfait, s'en prenant à une victime qui ne lui avait strictement rien fait et qui n'avait que le tort d'être l'aîné de la fratrie ********. […] Il y a dans cet assassinat tout à la fois la mise en œuvre d'un projet vengeur, l'absence totale de justification de s'en prendre à la victime, une planification évidente, l'arrivée sur les lieux du crime avec un pistolet déjà muni de plusieurs balles et déjà désassuré, l'absence de dialogue digne de ce nom entre l'assassin et la victime, le tir de trois balles à très courte distance, et la volonté de punir, par l'homicide, une épouse qui a obtenu et demandé la séparation et la famille de cette dernière. Il n'y a donc strictement aucun élément à décharge; le comportement est abject. […] On doit encore mettre en évidence, ceci concernant d'ailleurs l'ensemble de l'activité délictueuse de B.________, une propension certaine à mettre la faute sur les autres, plus particulièrement sur A.________ et sur les membres de la famille ********, que B.________ n'a cessé de mettre en cause […]. Autrement dit, à l'enquête comme aux débats, B.________ s'obstine à ternir l'image de la victime et de sa famille. La responsabilité du prévenu est pleine et entière. Comme déjà dit, on ne voit pas l'ébauche de la plus petite circonstance atténuante; même les excuses laborieusement prononcées par B.________, quand il veut bien parler, sonnent faux et sont pénibles pour les victimes. Le Tribunal ne peut donc que constater que l'assassinat de F.________ justifie la peine maximale prévue par la loi.

              Même si cela n'est plus déterminant quant à la fixation de la peine, on doit évoquer l'existence, et la gravité pour la plupart d'entre elles, d'un nombre significatif d'autres infractions. Les crimes et délits commis par B.________ dans le contexte conjugal sont à la mesure de sa méchanceté, de son égoïsme et de son recours systématique à la violence; il a fallu des années de coups, d'atteintes à son intégrité sexuelle et à sa dignité pour que A.________ trouve, heureusement, le courage de saisir la justice civile, et le fait d'avoir repris la vie commune après la première requête n'est malheureusement pas rare dans ce genre de contexte. Cela démontre l'emprise du tyran domestique qu'a été B.________. […] De plus, il faut souligner la volonté de nuire et de faire mal, encore, aux victimes, en les menaçant depuis un lieu de détention. Pareille détermination, intacte après plusieurs mois, est très inquiétante. Enfin, on se permet de relever encore l'attitude détestable de B.________ aux débats, alternant le mutisme du premier jour d'instruction et les perpétuelles contrevérités et invraisemblances du second. […]

              V. CONCLUSIONS CIVILES

18.          […]

              b) A.________, par son conseil, a déposé des conclusions civiles écrites […] tendant à ce que B.________ soit reconnu son débiteur d'un montant de CHF 40'000.- avec intérêts à 5% l'an du 29 octobre 2012, à titre d'indemnité pour tort moral, et ce pour l'ensemble des infractions dénoncées. B.________ a conclu au rejet de ces conclusions, avec dépens […]. Le Tribunal estime pouvoir allouer l'entier du montant requis; il est surpris que le prévenu n'entre pas en matière au moins sur le principe d'un tort moral. On ne peut que se référer, pour éviter des redites, sur la longueur de la période pendant laquelle A.________ a été harcelée, humiliée, rabrouée, battue et méprisée par un mari violent et par un père indigne, au point, dans les derniers temps de la vie commune, de se demander comment elle pourrait encore protéger ses enfants. On se réfère à tout ce qui a été dit au surplus dans l'examen des différentes infractions, d'un degré de gravité certain, en relation, avec la violence conjugale subie pendant plusieurs années par A.________.

              […]"

b) L'appel formé par B.________ à l'encontre de ce jugement a été rejeté par un jugement n° 429 rendu le 22 décembre 2015 par la Cour d'appel pénale (CAPE); le recours formé par l'intéressé à l'encontre de ce dernier jugement a été rejeté par un arrêt 6B_326/2016 rendu le 22 mars 2017 par le Tribunal fédéral (TF).

B.                     a) Dans l'intervalle, par courrier adressé le 10 juin 2016 par son conseil au Service juridique et législatif (SJL), Autorité d'indemnisation LAVI, A.________ a déposé une requête d'indemnisation LAVI, concluant que l'Etat de Vaud était son débiteur de la somme de 40'000 fr., avec intérêts à 5 % l'an à compter du 29 octobre 2012, à titre de réparation morale, la procédure étant toutefois suspendue jusqu'à décision définitive et exécutoire s'agissant de montant qui lui était alloué pour tort moral dans le cadre de ses conclusions civiles devant les autorités pénales.

b) Invitée, dans le cadre de l'instruction de cette demande, à indiquer si elle avait consulté un thérapeute à la suite du décès de son frère, la recourante a produit le 18 juillet 2016 un certificat médical établi le 13 juillet 2016 par la Dresse I.________, médecin ********, et par Mme J.________, assistante sociale HES et thérapeute de famille, dont il résulte en particulier ce qui suit:

"Madame A.________, née le ********1985, est suivie à notre consultation en entretiens individuels depuis le 1er novembre 2012 et en entretien avec ses deux enfants C.________ et D.________ et leur pédopsychiatre. Des entretiens avec le réseau de professionnels ont lieu tous les trois mois environ, à savoir ******** et les éducateurs du Foyer dans lequel vivent ses deux enfants.

[…]

A cette période, Madame A.________ souffrait d'un syndrome de stress post-traumatique qui se manifestait par les signes suivants:

     L'intrusion: Madame A.________ revivait des événements traumatisants ayant eu lieu dans son ex-relation conjugale non pas sous la forme d'un simple souvenir mais par des flash-back envahissants qui faisaient effraction à tout moment. Elle souffrait également de cauchemars récurrents.

     L'hypervigilance: qui chez elle était particulièrement présente quand elle marchait seule dans la rue ou quand elle était seule chez elle et qu'elle entendait des bruits inhabituels.

     L'évitement: Madame A.________ tentait d'éviter les situations et les facteurs déclencheurs qui pourraient lui rappeler les événements traumatisants.

     Des épisodes dissociatifs: comme pour d'autres personnes souffrant de ce trouble, Madame A.________ pouvait par moments se sentir détachée de son corps, comme si elle s'observait de l'extérieur. Elle pouvait avoir l'impression de se sentir en « pilotage automatique ». A l'évocation des événements traumatiques, nous avions observé, en entretien, des moments où Madame A.________ semblait psychiquement absente; son corps se mettait à trembler avec une accélération de sa respiration nécessitant que nous la ramenions dans « l'ici et maintenant » pour éviter une réactivation traumatique. Elle présentait également une amnésie partielle dans des séquences de certains événements traumatisants.

Jusqu'en janvier 2015, sa symptomatologie psychotraumatique s'est amendée progressivement lui permettant, notamment, d'exercer une activité professionnelle dans la vente. […] Tant les démarches de divorce que la préparation de son témoignage au procès, ont réactivé un état traumatique avec l'apparition d'une symptomatologie anxio-dépressive sous la forme de trouble du sommeil, de baisse de l'élan vital, de perte d'espoir, d'angoisses ainsi que d'irritabilité. Face à cette symptomatologie très envahissante chez notre patiente, le 28 avril 2015, nous avons décidé un arrêt de travail à 100 % ainsi que la prescription d'un antidépresseur […].

Cette médication, associée à la disparition du facteur anxiogène que représentait le procès, a permis, progressivement un amendement de la symptomatologie dépressive et anxieuse. Le 29 août 2015, Madame A.________ a pu reprendre son activité professionnelle à 50 % de son taux puis à 100 % dès le 30 octobre 2015.

Aujourd'hui, Madame A.________ ne présente plus de symptomatologie tant psychotraumatique qu'anxio-dépressive. Néanmoins, lors d'événements en lien avec les traumas passés, tel le recours au Tribunal fédéral de son ex-mari, des symptômes psychotraumatiques et anxieux réapparaissent. Depuis janvier 2016, nous voyons Madame A.________ seule à notre consultation environ une fois par mois et plus fréquemment à sa demande. Les entretiens de réseau et avec ses deux enfants se poursuivent.

[…]"

c) Par courrier du 28 septembre 2017, le SJL, Autorité d'indemnisation LAVI, a indiqué qu'il reprenait l'instruction de la requête d'A.________, en référence à l'arrêt rendu le 22 mars 2017 par le TF. Il a relevé que la recourante apparaissait également comme requérante dans une autre demande LAVI déposée par un confrère de son conseil.

Concernant ce dernier point, la recourante a exposé par courrier du 31 octobre 2017 qu'elle apparaissait dans sa requête en sa qualité d'héritière de son père. […]

d) La recourante a déposé une "requête complémentaire d'indemnisation LAVI" par acte de son conseil du 31 octobre 2017, concluant que l'Etat de Vaud était son débiteur et lui devait immédiat paiement de la somme de 40'000 fr. à titre d'indemnité pour tort moral. Elle a en substance fait valoir qu'au vu des circonstances, elle devait se voir allouer le montant arrêté par les autorités pénales à ce titre, en référence à sa qualité tant de victime que de proche de victime. Elle a par ailleurs requis que lui soit accordé le bénéfice de l'assistance judiciaire, et précisé qu'elle ne souhaitait pas être entendue par l'autorité.

C.                     a) Par décision du 30 mai 2018, le SJL, Autorité d'indemnisation LAVI, a partiellement admis la demande d'indemnisation déposée par A.________ et dit que l'Etat de Vaud lui allouait la somme de 3'000 fr., valeur échue, à titre de réparation morale. Il a notamment retenu les motifs suivants:

"1.      […]

          En l'espèce, la qualité de victime indirecte doit être reconnue à A.________, en raison de l'atteinte subie à son intégrité psychique.

2.       […]

          c) S'agissant du montant alloué en réparation du tort moral, une comparaison avec d'autres affaires doit intervenir avec prudence, dès lors que le tort moral se rapporte aux sentiments d'une personne déterminée dans une situation donnée et que chacun réagit différemment face au malheur qui le frappe (ATF 130 III 699, cons. 5.1, p. 705; arrêt non publié du Tribunal fédéral du 10 octobre 2003, réf. 6S.334/2003). Néanmoins, cela peut constituer une approche fiable, en particulier sous l'angle de l'égalité de traitement.

          Ainsi, on relève qu'en 2012, l'autorité LAVI du canton de Berne a alloué la somme de CHF 6'000.- à deux enfants de 14 et 6 ans dont le frère aîné de 16 ans avait été tué dans un accident de voiture et qui était une personne de référence pour les deux cadets ([La pratique en matière de réparation morale à titre d'aide aux victimes; Meret Baumann/Blanca Anabitarte/Sandra Müller Gmünder, in Jusletter du 8 juin 2015], cas n° 9, page 6).

          En 2013, l'autorité LAVI du canton de Glaris a refusé toute indemnisation à une personne dont le frère avait été tué considérant que les frère et sœur ne faisaient plus ménage commun et avaient de ce fait des liens harmonieux usuels mais aucune circonstances particulières [sic!] justifiant une réparation morale ([Ibid.], cas n° 4, page 5).

3.       […]

          A.________, ex-femme de l'assassin de son propre frère, ne faisait plus ménage commun avec ce dernier, ayant elle-même fondé sa propre famille. De ce point de vue, sa relation avec F.________ fait partie des liens harmonieux usuels entre frères et sœurs. Cependant, […] A.________ était non seulement la sœur du défunt mais également l'épouse de l'assassin de son frère.

          Dès lors, au vu de la jurisprudence citée au considérant 2 ci-dessus et des circonstances du cas d'espèce, en particulier: des séquelles psychiques extrêmement sévères endurées par la requérante, qui sont aussi dues à un contexte général englobant des violences conjugales et au décès de son père en plus du décès de son frère; du fait exceptionnel que le propre mari de la requérante est l'auteur de l'assassinat de son frère, entraînant un bouleversement plus intense encore dans la vie de la requérante mais aussi du fait que les souffrances psychiques de la requérante se sont peu à peu amendées, la demande de réparation morale d'A.________ doit être exceptionnellement admise en ce sens qu'une somme de CHF 3'000.- doit lui être allouée.

          Selon l'art. 28 LAVI, aucun intérêt n'est dû pour la réparation morale.

4.       La requérante a rendu vraisemblable qu'elle ne pouvait être indemnisée rapidement par l'auteur de l'infraction, lequel est manifestement insolvable (art. 4 LAVI).

          […]"

b) A.________ a formé recours contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public (CDAP) du Tribunal cantonal par acte de son conseil du 2 juillet 2018, concluant principalement à sa réforme en ce sens que sa demande était entièrement admise, et subsidiairement à son annulation avec pour suite le renvoi de la cause au SJL, Autorité d'indemnisation LAVI, pour nouvelle décision dans le sens des considérants; elle a par ailleurs requis le bénéfice de l'assistance judiciaire, précisant qu'une demande dans ce sens serait déposée prochainement. Elle a fait valoir qu'il convenait de lui reconnaître également, voire en premier lieu, la qualité de victime directe de B.________; elle s'est plainte dans ce cadre de ce que les faits avaient été établis de manière incomplète.

La cause a été enregistrée sous la référence GE.2018.0139.

c) Dans sa réponse du 12 juillet 2018, l'autorité intimée a relevé que la décision attaquée ne concernait que l'indemnisation de la recourante en tant que victime indirecte de l'assassinat de son frère, respectivement que la requête relative aux violences conjugales qu'elle avait subies en tant que victime directe ferait l'objet d'une décision séparée qui interviendrait ultérieurement. Elle a dès lors considéré que le recours était sans objet.

Par écriture du 16 août 2018, la recourante s'est étonnée de cette manière de procéder. Elle a proposé la suspension de la procédure jusqu'à droit connu sur l'autre décision annoncée par l'autorité intimée, proposition à laquelle l'autorité intimée s'est ralliée par écriture du 3 septembre 2018.

Par avis du 4 septembre 2018, le juge instructeur a prononcé la suspension de la procédure jusqu'à droit connu sur la demande d'indemnisation déposée par la recourante en lien avec les violences conjugales dont elle avait été victime.

D.                     a) Par décision du 5 novembre 2018, le SJL, Autorité d'indemnisation LAVI, a partiellement admis la demande d'indemnisation déposée par A.________ et dit que l'Etat de Vaud lui allouait la somme de 15'000 fr., valeur échue, à titre de réparation morale; il a par ailleurs rejeté sa demande d'assistance judiciaire. Il a notamment retenu les motifs suivants: 

"3           […]

d)            En l'espèce, la requérante a été victime de violences physiques, d'injures, de menaces, de contraintes sexuelles et de viols durant plusieurs années par son mari et père de ses enfants. Cet homme a également assassiné le propre frère de la requérante en novembre en novembre 2012 en représailles à la demande de divorce entamée par la requérante. Elle a vécu dans la peur et sous sa soumission et a souffert d'importantes séquelles psychologiques.

              S'agissant des séquelles physiques, il ressort du jugement du 26 juin 2015 du Tribunal criminel de l'arrondissement de Lausanne, qu'A.________ a essentiellement souffert d'hématomes […].

              Sur le plan psychologique, A.________ a souffert de stress post-traumatique nécessitant un suivi psychothérapeutique, un arrêt de travail ainsi qu'une prise en charge médicamenteuse. Les symptômes dont a souffert la requérante se sont pour l'essentiel manifestés sous forme de troubles du sommeil, de cauchemars, d'évitement, d'hypervigilance et d'épisodes dissociatifs (certificat médical du 13 juillet 2016 […]).

              Au vu de la jurisprudence citée au considérant 3 ci-dessus et des circonstances du cas d'espèce, en particulier de la violence répétée à l'encontre d'A.________, des menaces de mort proférées contre elle et sa famille, menaces mises à exécution s'agissant du frère de la requérante, et des épisodes répétés de viols et de contrainte sexuelle, il se justifie de lui allouer une indemnité de CHF 15'000.- pour tort moral.

              […]"

b) A.________ a formé recours contre cette décision devant la CDAP par acte de son conseil du 6 décembre 2018, concluant principalement à sa réforme en ce sens que l'Etat de Vaud lui allouait la somme de 40'000 fr., valeur échue, à titre de réparation morale, et subsidiairement à son annulation avec pour suite le renvoi de la cause au SJL, Autorité d'indemnisation LAVI, pour nouvelle décision dans le sens des considérants; elle a par ailleurs une nouvelle fois requis le bénéfice de l'assistance judiciaire, précisant qu'une demande dans ce sens serait déposée prochainement. Elle a en substance fait valoir ce qui suit:

"3.-  […] la seconde décision […] semble compléter la première décision rendue sur la base des mêmes faits […].

       […] une telle subdivision est hautement problématique, dans la mesure où la situation revêt en l'espèce un caractère exceptionnel et que la souffrance ressentie par la victime ne peut être examinée que de manière globale. En effet, l'assassinat commis dans le but unique de se venger et de nuire à la victime - qui ne pouvait plus être atteinte directement - constitue le stade ultime des violences conjugales subies par celle-ci, qui est en outre particulièrement affectée par le fait que si son propre frère a été assassiné, c'est en raison du conflit conjugal qui l'opposait elle à son ex-mari.

       […]

       Les jeunes enfants de la recourante ont assisté tant aux scènes de violences physiques que sexuelles. Il convient de relever, et c'est particulièrement dramatique, que même après son arrestation et non content d'avoir assassiné son beau-frère, le condamné a continué de menacer la recourante, notamment en écrivant des lettres directement au conseil soussigné […]. Ces menaces, de caractère réel et concret, visaient également les enfants du couple, qui ont dû être placés en foyer pour leur propre sécurité et ainsi séparés de leur mère, qui en a grandement souffert et en souffre encore actuellement.

       […]

       Il convient en outre de relever que le prévenu, démontrant ainsi l'absence totale de considération qu'il avait pour la victime et recourante, a également commis des escroqueries au nom d'A.________ afin d'obtenir des sommes d'argent, notamment en imitant la signature de celle-ci […]. La recourante a donc d[û] faire face à des poursuites pénales et des procédures de recouvrement en raison de ce comportement, ce qui est particulièrement odieux, quand bien même celles-ci ont été classées en ce qui la concerne.

       […]

       Dès lors que la décision entreprise « saucissonne » la situation, il convient de retenir que les faits ont manifestement été établis de manière incomplète. Cet élément influence en effet directement la réparation morale à laquelle peut prétendre la victime conformément à l'article 23 alinéa 2 LAVI [loi fédérale du 23 mars 2007 sur l'aide aux victimes d'infractions, RS 312.5], de sorte qu'il s'agit d'un fait pertinent, la décision devant être complétée sur ce point. Au demeurant, même si l'on peut supposer que les deux décisions se cumulent, cela n'est pas avéré, dans la mesure où le numéro de référence est le même, ce qui engendre une incertitude insoutenable.

4.-   Dans un tel contexte et comme déjà relevé, l'assassinat du frère de la recourante constitue un paroxysme d'horreur et de violence, qui est d'autant plus atroce qu'il avait pour objectif de punir celle-ci d'avoir os[é] quitter son époux.

       Or, le Service juridique et législatif a diminué le montant global alloué à A.________ de plus de la moitié.

       […] manifestement, il y a lieu de tenir compte du caractère exceptionnel de la situation, de la multiplicité et de la gravité particulière des infractions commises par le condamné à l'encontre de la recourante et de sa famille, dans le but de l'atteindre le plus profondément possible, en allant jusqu'à assassiner un membre de sa famille pour se venger de son départ. Il convient également de prendre en considération les conséquences de celles-ci sur la recourante, qui a été séparée de ses enfants en bas âge en raison des menaces formulées à leur encontre.

       […]

       Une solution différente, en particulier une réduction de l'indemnité en l'espèce, aboutit en outre à la situation paradoxale dans laquelle lorsque les actes commis sont particulièrement graves, la situation de la victime est extrêmement péjorée par comparaison avec des situations de moindre gravité. En effet, par définition, lorsque l'auteur est condamné à une longue peine privative de liberté en raison de ce qui précède, il n'est plus en mesure de s'acquitter d'une indemnité de tort moral entière, au contraire d'un auteur qui par hypothèse serait mis au bénéfice d'une peine avec sursis ou sursis partiel.

       Ainsi, l'indemnité telle qu'allouée par l'autorité pénale doit être octroyée à A.________."

La cause a été enregistrée sous la référence GE.2018.0254.

c) Le 18 janvier 2019, la recourante a déposé une demande d'assistance judiciaire "pour les deux recours engagés" et produit un lot de pièces dans ce cadre.

Par avis du 22 janvier 2019, le juge instructeur a invité la recourante à produire différentes pièces complémentaires en lien avec cette demande.

d) A la question du juge instructeur, l'autorité intimée a indiqué par écriture du 7 février 2019 qu'elle ne s'opposait pas à la jonction des causes GE.2018.0139 et GE.2018.0254, relevant à ce propos que le fait qu'elle avait rendu deux décisions distinctes ne péjorait en rien la situation de la recourante et n'avait "aucune espèce d'influence" sur le sort de sa demande. Cela étant, elle a conclu au rejet des recours et à la confirmation des décisions attaquées.

e) Par avis du 19 février 2019, le juge instructeur a notamment prononcé la jonction des causes GE.2018.0139 et GE.2018.0254 et une nouvelle fois invité la recourante à produire les pièces requises en lien avec sa demande d'assistance judiciaire.

Par écriture du 13 mai 2019 (dans le délai prolongé à sa demande), la recourante a modifié ses conclusions, compte tenu de la jonction des causes, en ce sens principalement que les décisions attaquées étaient "réformées et modifiées de sorte à faire l'objet d'une décision unique" admettant entièrement sa demande, l'Etat de Vaud lui allouant ainsi la somme de 40'000 fr., valeur échue, à titre de réparation morale, et subsidiairement à l'annulation des décisions attaquées et au renvoi des causes concernées au SJL pour nouvelle décision dans le sens des considérants. Par courrier du même jour, elle a produit différentes pièces complémentaires en lien avec sa demande d'assistance judiciaire.

A la suite de l'avis du juge instructeur du 14 mai 2019, la recourante a encore produit le 4 juin 2019 différentes pièces complémentaires à l'appui de sa demande d'assistance judiciaire […].

E.                     Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:

1.                      Selon les "dispositions communes" des art. 24 ss de la loi fédérale du 23 mars 2007 sur l'aide aux victimes d'infractions (LAVI; RS 312.5), les cantons doivent désigner une autorité compétente pour statuer sur les demandes d'indemnité ou de réparation morale présentées par les victimes ou leurs proches sur la base de la LAVI (art. 24 LAVI), en prévoyant une procédure simple et rapide (art. 29 al. 1 LAVI) par une autorité établissant d’office les faits (art. 29 al. 2 LAVI) et en désignant une autorité de recours unique, indépendante de l'administration et jouissant d'un plein pouvoir d'examen (art. 29 al. 3 LAVI). Dans le canton de Vaud, le SJL est l'autorité cantonale compétente au sens de l’art. 24 LAVI (cf. art. 14 de la loi vaudoise du 24 février 2009 d'application de la LAVI
- LVLAVI; BLV 312.41); conformément à l'art. 16 LVLAVI, les décisions rendues par ce service peuvent faire l'objet d'un recours au Tribunal cantonal, selon les règles ordinaires de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 273.36).

En l'espèce, les recours ont été déposés en temps utile (cf. art. 95 LPA-VD) et satisfont par ailleurs aux autres conditions formelles de recevabilité (cf. en particulier art. 79 al. 1 LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il y a lieu d'entrer en matière sur le fond.

2.                      a) La (nouvelle) LAVI est entrée en vigueur le 1er janvier 2009, abrogeant la loi homonyme du 4 octobre 1991 (aLAVI; RO 1992 2465 et les modifications subséquentes
- art. 46 LAVI). Aux termes de l'art. 48 let. a LAVI, sont régis par l'ancien droit le droit d'obtenir une indemnité et une réparation morale pour des faits qui se sont déroulés avant l'entrée en vigueur de la présente loi; les délais prévus à l'art. 25 sont applicables au droit d'obtenir une indemnité et une réparation morale pour des faits qui se sont déroulés moins de deux ans avant son entrée en vigueur.

Selon l'art. 25 LAVI, la victime et ses proches doivent introduire leurs demandes d’indemnisation et de réparation morale dans un délai de cinq ans à compter de la date de l’infraction ou du moment où ils ont eu connaissance de l’infraction; à défaut, leurs prétentions sont périmées (al. 1). Si la victime ou ses proches ont fait valoir des prétentions civiles dans une procédure pénale avant l’échéance du délai prévu notamment à l'al. 1, ils peuvent introduire leur demande d’indemnisation ou de réparation morale dans le délai d’un an à compter du moment où la décision relative aux conclusions civiles ou le classement sont définitifs (al. 3).

b) En l'espèce, il résulte du jugement rendu le 26 juin 2015 par le Tribunal criminel d'arrondissement de Lausanne que les infractions dont la recourante a été victime directe ont débuté à "la mi-mars 2008" (s'agissant des atteintes à l'intégrité physique; cf. ch. 15 de l'acte d'accusation) respectivement "le 26 mars 2008" (s'agissant des menaces de mort proférées par B.________ envers elle, leurs enfants et sa famille à elle; cf. ch. 16 de l'acte d'accusation); les infractions à caractère sexuel ont pour leur part débuté durant "l'été 2010" (cf. ch. 18 de l'acte d'accusation). L'ensemble de ces infractions ont toutefois été commises "à de très nombreuses reprises" jusqu'à ce que la recourante quitte le domicile conjugal, d'abord en avril 2012 puis définitivement en octobre 2012; en pareille hypothèse, le dies a quo du délai de péremption prévu par l'art. 25 al. 1 LAVI correspond au moment du dernier acte commis par l'auteur de l'infraction (cf. Converset, Aide aux victimes d'infraction et réparation du dommage, Genève-Zurich-Bâle 2009, p. 331 et les références; cf. ég. les remarques de cet auteur en lien avec l'existence d'un ménage commun, pp. 338 s.). La recourante, par l'intermédiaire de son conseil, a déposé des conclusions civiles le 16 juin 2015 - soit dans le délai de cinq ans prévu par l'art. 25 al. 1 LAVI, applicable par renvoi de l'art. 25 al. 3 LAVI - et a introduit une demande de réparation morale le 10 juin 2016, avant même que la décision de l'autorité pénale relative aux conclusions civiles ne soit définitive (compte tenu du recours formé par B.________ devant le Tribunal fédéral [TF] contre le jugement rendu le 22 décembre 2015 par la CAPE; cf. let. A/b supra). C'est dès lors à juste titre que l'autorité intimée a (implicitement à tout le moins) pris en compte l'ensemble des infractions depuis le mois de mars 2008.

c) Formellement, la situation de la recourante doit ainsi être appréhendée selon l'ancien droit s'agissant des infractions dont elle a été victime avant le 1er janvier 2009. La modification du droit applicable ne serait susceptible d'avoir une incidence dans le cadre du présent litige que s'agissant de la fixation du montant de la réparation morale à laquelle la recourante peut prétendre - compte tenu des conséquences du plafonnement des montants qui peuvent être alloués à ce titre en application du nouveau droit (cf. consid. 3a et 3e/aa infra); s'agissant pour le reste en particulier de la qualité de victime ou encore des conditions d'octroi d'une réparation morale, la portée de l'ancien droit et celle du nouveau droit sont en substance similaires (cf. art. 1 al. 1 et al. 3, 2 let. e et 22 al. 1 LAVI, respectivement art. 1 al. 2 let. c, 2 al. 1 et 12 al. 2 aLAVI; cf. ég. Message du Conseil fédéral du 9 novembre 2005 concernant la révision totale de la LAVI, FF 2005 6683, pp. 6722 s ad art. 1 et pp. 6740 ss ad art. 22), étant précisé que le TF avait déjà retenu sous l'empire de l'ancien droit que la réparation morale ne correspondait pas à une libéralité de l'Etat mais à un véritable droit subjectif, nonobstant la teneur de l'art. 12 al. 2 aLAVI (ATF 121 II 369 consid. 3c; cf. ég. CDAP GE.2017.0087 du 27 décembre 2017 consid. 2a).

Cela étant et comme on le verra plus en détail ci-après, les atteintes principales à prendre en compte dans le cas d'espèce sont les atteintes à son intégrité sexuelle dont la recourante a été victime (cf. consid. 4b). Dès lors que ces atteintes n'ont débuté que durant l'été 2010, soit après l'entrée en vigueur du nouveau droit, le fait que les autres infractions ont débuté antérieurement au 1er janvier 2009 ne saurait avoir une incidence déterminante s'agissant d'apprécier le montant de la réparation morale en l'occurrence; ces autres infractions ne doivent en effet pas être appréciées de façon indépendante, mais bien plutôt considérées comme des circonstances justifiant une augmentation du montant qui serait alloué sur la base des infractions principales - comme pour le principe de l'aggravation des peines en cas de concours d'infractions (cf. art. 49 CP; consid. 3d et 3e/cc infra).

3.                      Il convient en premier lieu de rappeler le droit applicable en la matière.

a) Aux termes de l'art. 1 LAVI, toute personne qui a subi, du fait d'une infraction, une atteinte directe à son intégrité physique, psychique ou sexuelle (victime) a droit au soutien prévu par la présente loi (aide aux victimes) (al. 1). Ont également droit à l'aide aux victimes, le conjoint, les enfants et les père et mère de la victime ainsi que les autres personnes unies à elle par des liens analogues (proches) (al. 2).

L'aide aux victimes comprend notamment la réparation morale (art. 2 let. e LAVI). La victime et ses proches ont droit à une réparation morale lorsque la gravité de l'atteinte le justifie; les art. 47 et 49 du code des obligations s'appliquent par analogie (art. 22 al. 1 LAVI). Il résulte dans ce cadre de l'art. 23 LAVI que le montant de la réparation morale est fixé en fonction de la gravité de l'atteinte (al. 1). Il ne peut excéder (al. 2) 70'000 fr. lorsque l'ayant droit est la victime (let. a), respectivement 35'000 fr. lorsque l'ayant droit est un proche (let. b). Les prestations que l'ayant droit a reçues de tiers à titre de réparation morale sont déduites (al. 3).

A teneur de l'art. 4 LAVI, les prestations d'aide aux victimes ne sont accordées définitivement que lorsque l'auteur de l'infraction ou un autre débiteur ne versent aucune prestation ou ne versent que des prestations insuffisantes (al. 1); celui qui sollicite notamment une réparation morale doit rendre vraisemblable que les conditions de l'al. 1 sont remplies, à moins que, compte tenu des circonstances, on ne puisse pas attendre de lui qu'il effectue des démarches en vue d'obtenir des prestations de tiers (al. 2).

b) Le système d'indemnisation instauré par la LAVI est subsidiaire aux autres possibilités d'obtenir réparation dont dispose la victime (cf. art. 4 et 23 al. 3 LAVI). Au regard des particularités de ce système, le TF a retenu que le législateur n'avait pas voulu assurer à la victime une réparation pleine, entière et inconditionnelle du dommage (ATF 131 II 121 consid. 2.2 et les références); ce caractère incomplet est particulièrement marqué en ce qui concerne la réparation morale, qui se rapproche d'une allocation ex aequo et bono (ATF 129 II 312 consid. 2.3; TF 1C_845/2013 du 2 septembre 2014 consid. 5, 1C_296/2012 du 6 novembre 2012 consid. 3.1 et la référence). Ainsi, dans son Message précité, le Conseil fédéral relève que la réparation morale traduit la reconnaissance par la collectivité publique de la situation difficile de la victime. L’octroi d’une somme d’argent que la victime peut utiliser à sa guise est la meilleure expression possible de cette reconnaissance et permet de répondre aux différents besoins des victimes; ce n’est dès lors pas tant le montant de la réparation qui importe que son principe même. Une réparation morale allouée par l’Etat n’a pas à être identique, dans son montant, à celle que verserait l’auteur de l’infraction (FF 2005 pp. 6741 ss; cf. ég. ATF 129 II 312 consid. 2.3 et TF 1C_407/2016 du 1er juin 2017 consid. 2.2, qui rappellent dans ce cadre que l'allocation d'une indemnité relève d'un devoir d'assistance publique envers la victime et non d'une obligation d'indemniser découlant d'une responsabilité de l'Etat).

c) L'octroi d'une réparation morale suppose cumulativement une atteinte grave et des circonstances particulières qui la justifient (art. 22 al. 1 LAVI et 47 CO; ATF 132 II 117 consid. 2.2.1; TF 1C_244/2015 du 7 août 2015 consid. 4.1); dans cette mesure, toute lésion ou atteinte physique ou psychique ne conduit pas à une réparation morale.

En cas d'atteinte à l'intégrité physique, une certaine gravité de l'atteinte est exigée, comme par exemple une invalidité ou une diminution durable de la fonction d'un organe important. Selon la jurisprudence, l'atteinte est réputée grave lorsque la victime a été particulièrement touchée par l'infraction qui l'a, par exemple, rendue partiellement ou entièrement invalide, lui a causé un préjudice permanent d'un organe important ou d'autres séquelles physiques notables (cf. ATF 127 IV 236 consid. 2b). Si le dommage n'est pas permanent, une réparation morale ne sera octroyée qu'en cas de circonstances particulières, par exemple un séjour de plusieurs mois à l'hôpital avec de nombreuses opérations chirurgicales ou une longue période de souffrance ou d'incapacité de travail (cf. TF 6B_768/2018 du 13 février 2019 consid. 3.1.2). Lorsque la blessure se remet sans grandes complications ou sans atteinte durable en revanche, ou en cas d'incapacité de travail de quelques semaines seulement, il n'y a dans la règle pas lieu à réparation morale (CDAP GE.2019.0036 du 22 août 2019 consid. 2c et les références).

Les atteintes à l'intégrité psychique n'entrent en considération pour une réparation morale que lorsqu'elles sont importantes, telles des situations de stress post-traumatiques conduisant à un changement durable de la personnalité (TF 1C_509/2014 du 1er mai 2015 consid. 2.1 et les références; CDAP GE.2019.0036 précité, consid. 2c).

d) Concernant la détermination du montant à verser à la victime à titre de réparation morale, il convient d'appliquer les art. 47 et 49 CO par analogie (art. 22 al. 1 LAVI) - en tenant compte de ce que le système d'indemnisation du dommage et du tort moral prévu par la LAVI répond à l'idée d'une prestation d'assistance et non à celle d'une responsabilité de l'Etat, comme on l'a déjà vu (consid. 3b supra). Le préjudice immatériel découle de la douleur, de la peine profonde, d'une atteinte à la joie de vivre ou à la personnalité; ces éléments étant ressentis différemment par chacun, le tort moral se fonde sur le sentiment subjectif que peut ressentir l'ayant droit, tel qu'il peut le rendre plausible, et tient compte des circonstances particulières. Le juge doit proportionner le montant de l'indemnité avant tout au type et à la gravité de l'atteinte, plus précisément à la souffrance qui en résulte; il doit notamment prendre en considération dans ce cadre l'intensité et la durée des effets de l'atteinte sur la personnalité de la victime ainsi que la gravité de la faute de l'auteur du dommage (cf. ATF 132 II 117 consid. 2.2.2;
TF 6B_405/2010 du 1er octobre 2010 consid. 2.3 et les références; CDAP GE.2018.0243 du 1er octobre 2019 consid. 3d).

Si le montant alloué à titre de réparation morale ne peut ainsi pas être fixé selon un tarif constant, cela n'exclut pas le recours à des éléments fixes servant de valeurs de référence. Dans la pratique, la jurisprudence se réfère régulièrement à un calcul en deux phases: la première phase permet de rechercher le montant de base de la réparation morale au moyen de critères objectifs, généralement avec indication de cas concrets; dans la seconde phase, il s'agit de prendre en compte tous les facteurs de réduction ou d'augmentation propres au cas d'espèce, de sorte que le montant finalement alloué tienne compte de la souffrance effectivement ressentie par la victime (cf. ATF 132 II 117 consid. 2.2.3; TF 6B_1218/2013 du 3 juin 2014 consid. 3.1.1; CDAP GE.2018.0243 précité, consid. 3d et les références).

e) L'Office fédéral de la Justice (OFJ) a établi au mois d'octobre 2008 un "Guide relatif à la fixation du montant de la réparation morale à titre d’aide aux victimes d’infractions" (Guide OFJ 2008), dont une nouvelle version, intitulée "Guide relatif à la fixation du montant de la réparation morale selon la loi sur l'aide aux victimes", est parue le 3 octobre 2019 (Guide OFJ 2019) - soit en cours de procédure.

aa) S'agissant en particulier des "conséquences du plafonnement de la réparation morale" (ch. 2), il résulte du Guide OFJ 2008 que le montant de la réparation morale devra être calculé selon une échelle dégressive indépendante des montants accordés en droit civil, même si ceux-ci peuvent servir à déterminer quels types d'atteintes donnent lieu à l'octroi des montants les plus élevés. Il convient de garder à l’esprit la cohérence du système; en plafonnant les montants, la loi induit un abaissement général des montants accordés par rapport au droit de la responsabilité civile. Si des montants trop élevés sont alloués pour des infractions de gravité faible à moyenne, cela fausserait tout le système et pénaliserait les victimes d’atteintes les plus graves. Ainsi, il ne suffira pas de réduire seulement les réparations morales qui dépasseraient le plafond prévu par la loi; il ne sera en règle générale pas non plus possible de reprendre tel quel le montant de la réparation morale allouée, dans le cadre de la responsabilité civile, par le juge (ch. 2 p. 5; cf. ég. Guide OFJ 2019, note marginale 17 p. 6, et le Message du Conseil fédéral précité concernant la "fixation du montant" de la réparation morale, FF 2005 p. 6745).

En lien avec le plafonnement tel que prévu par l'art. 23 al. 2 LAVI, il résulte en outre des Recommandations de la Conférence suisse des offices de liaison de la loi fédérale sur l'aide aux victimes d’infractions pour l'application de la LAVI, du 21 janvier 2010 (Recommandations CSOL-LAVI) - auxquelles la Cour de céans a d'ores et déjà eu l'occasion de se référer sur ce point (cf. not. CDAP GE.2017.0087 précité, consid. 3g/cc, et GE.2014.0101 du 4 mai 2015 consid. 2e) - que l’introduction d’un montant maximal de 70’000 fr. pour les atteintes les plus graves entraîne en principe une réduction des sommes allouées à titre de réparation morale au sens de l’aide aux victimes; en général, par rapport aux montants calculés sur la base de l'ancienne loi (aLAVI; cf. consid. 2a supra), la réparation morale évaluée selon le droit actuel sera ainsi réduite d’environ 30 à 40 % (ch. 4.7.2 p. 42).

bb) Le Guide OFJ 2008 comprend une annexe consacrée aux "fourchettes pour la fixation de la réparation morale" (pp. 9 ss), en référence notamment au Message du Conseil fédéral précité (FF 2005 p. 6746), dont il résulte en particulier ce qui suit:

-     s'agissant des victimes d'une atteinte à l'intégrité physique, le montant de la réparation morale pour une "atteinte de gravité moindre (p. ex. perte d'un doigt ou de l'odorat)" (degré 1/4) se situe dans une fourchette de 0 à 20'000 fr. (ch. 1 p. 9);

-     s'agissant des victimes d'une atteinte à l'intégrité sexuelle, le montant de la réparation morale se situe dans une fourchette de 0 à 10'000 fr. pour une "atteinte grave" (degré 1/2) respectivement de 10'000 à 20'000 fr. pour une atteinte "très grave" (degré 2/2), étant précisé que l'autorité pourrait aller au-delà des montants proposés "dans des situations d'une exceptionnelle gravité" (ch. 2 pp. 9-10);

-     s'agissant des victimes d'une atteinte à l'intégrité psychique, il est notamment relevé qu'une telle atteinte est le plus souvent liée à une atteinte à l'intégrité physique ou sexuelle et que c'est ainsi souvent en fonction de cette atteinte "principale" que le montant de la réparation morale sera déterminé (ch. 3 p. 10);

-     s'agissant enfin des proches d'une victime, le montant de la réparation morale se situe en principe dans une fourchette de 0 à 8'000 fr. en cas de "décès du frère ou de la sœur" (degré 1/4), étant précisé qu'il convient de tenir compte également dans ce cadre de critères tels que l'existence d'un ménage commun ou encore l'âge de la victime et du proche (ch. 4 pp. 10-11).

Pour l'ensemble des différentes atteintes évoquées, le Guide OFJ 2008 précise que les fourchettes proposées sont des ordres de grandeur et que l'autorité doit prendre en compte les particularités du cas; concernant les atteintes à l'intégrité physique et sexuelle, il est en outre expressément rappelé que, comme on l'a déjà vu (consid. 3c), les atteintes de faible gravité ou de courte durée n'ouvrent pas la voie à la réparation morale au titre de la LAVI.

Concernant pour le reste les "facteurs permettant d'élever ou de réduire le montant de la réparation morale", le Guide OFJ 2008 prévoit qu'il convient notamment de prendre en compte l'âge de la victime, la durée de l’hospitalisation, les opérations douloureuses, les cicatrices permanentes, le retentissement sur la vie professionnelle ou privée, l’intensité et la durée du traumatisme psychique, la dépendance vis-à-vis de tiers, la répétition des actes ou encore le fait que l’auteur n’ait pas été retrouvé et condamné (ch. 3 p. 6). En lien spécifiquement avec la fixation du montant de la réparation morale en faveur de proches, il est rappelé que selon la jurisprudence du Tribunal fédéral (en référence aux ATF 117 II 50 et 113 II 323 consid. 6), les proches d'une personne gravement invalide ont droit, en règle générale, à une réparation morale plus élevée que celle allouée aux proches d'une victime décédée, la gravité de la souffrance des premiers étant considérée comme plus grande (ch. 4 p. 7 in fine); à titre de facteurs permettant d'élever ou de réduire le montant de la réparation morale dans ce cadre, sont évoqués l'absence (préexistante) de vie familiale harmonieuse, le retentissement sur la vie professionnelle ou privée, le fait que l'auteur n'ait pas été retrouvé et condamné, la mort dans des circonstances particulièrement horribles ou encore le fait que le proche a été témoin de l'infraction (ch. 5 p. 8).

cc) Le Guide OFJ 2019 contient également une section consacrée à la "fixation du montant de la réparation morale selon le type d'atteinte" (ch. III pp. 9 ss), dont il résulte en particulier ce qui suit:

-     s'agissant des victimes d'une atteinte à l'intégrité physique, le montant de la réparation morale se situe dans une fourchette de 0 à 5'000 fr. pour des "atteintes corporelles non négligeables, en voie de guérison; atteintes de peu de gravité avec circonstances aggravantes" (degré 1/5), mentionnant comme exemples des "fractures, commotions cérébrales" (let. A p. 10);

-     s'agissant des victimes d'une atteinte à l'intégrité sexuelle, le montant de la réparation morale se situe dans une fourchette de 0 à 8'000 fr. pour une "atteinte grave" (degré 1/3), avec pour exemple notamment la (tentative de) contrainte sexuelle, de 8'000 à 20'000 fr. pour une "atteinte très grave" (degré 2/3), avec pour exemples notamment le viol et la contrainte sexuelle grave, respectivement de 20'000 à 70'000 fr. pour une "atteinte à la gravité exceptionnelle" (degré 3/3), avec pour exemples les "agressions répétées et particulièrement cruelles, actes sexuels à la fréquence ou à l'intensité particulières avec un enfant sur une longue période" (let. B p. 12);

-     s'agissant des victimes d'une atteinte à l'intégrité psychique, les fourchettes indiquées ne s'appliquent que lorsque seule l'intégrité psychique est gravement atteinte, avec tout au plus des atteintes de bien moindre importance à l'intégrité physique ou sexuelle; lorsque l'atteinte à l'intégrité psychique va de pair avec une atteinte à l'intégrité physique ou psychique en revanche, elle est une conséquence ou une circonstance aggravante de cette dernière. Cela étant, le montant de la réparation morale se situe dans une fourchette de 0 à 5'000 fr. pour une "atteinte à l'intégrité psychique non négligeable même si temporaire avec circonstances aggravantes déterminées par l'acte" (degré 1/3), mentionnant comme exemple les "menaces de mort appuyées et répétées" (let. C pp. 14-15);

-     s'agissant enfin des proches d'une victime, le montant de la réparation morale se situe en principe dans une fourchette de 0 à 10'000 fr. en cas de "décès du frère ou de la sœur lorsque sa relation avec le demandeur était particulièrement étroite ou en cas de ménage commun" (degré 1/3; let. D p. 17).

Le Guide OFJ 2019 prévoit en outre différents "critères de fixation du montant" en fonction des atteintes en cause, qui se recoupent largement en ce qui concerne les atteintes dont la personne concernée est victime directe. On peut mentionner, en lien avec les "conséquences directes de l'acte", l'intensité, l'ampleur et la durée des séquelles psychiques, la durée de l'incapacité de travail respectivement de la psychothérapie ou encore les conséquences sur la vie privée ou professionnelle; en lien avec les "déroulement de l'acte et circonstances", les durée et fréquence de l'acte ou encore les pressions sur la victime pour la forcer à garder le secret; en lien avec la "situation de la victime" enfin, la relation de confiance ou de dépendance entre la victime et l'auteur. S'agissant des proches de victime, doivent également être pris en compte des critères liés à la "qualité et intensité de la relation ou des liens entre la victime et le proche", tels que l'importance de la relation pour le proche, le ménage commun ou encore la fréquence des contacts.

Le Guide OFJ 2019 précise que les fourchettes comme les critères sont des indications pour aider les autorités compétentes à fixer le montant de la réparation morale dans le respect de l'égalité de traitement, respectivement que les circonstances particulières peuvent justifier un écart par rapport aux fourchettes de montants (note marginale 26 p. 9). Lorsqu'une victime a subi plusieurs types d'atteintes graves, on peut procéder comme pour l'application du principe de l'aggravation des peines en cas de concours d'infractions (art. 49 CP) et, à l'aide des fourchettes pour l'atteinte la plus grave, augmenter de manière proportionnelle le montant de la réparation morale pour prendre en compte toutes les circonstances (note marginale 27 p. 9). Le Guide OFJ 2019 prévoit en outre expressément l'hypothèse dans laquelle une personne peut faire valoir plus d'une prétention au sens de la LAVI, notamment en tant que victime directe et proche; en pareille hypothèse, "les plafonds respectifs s'appliquent et les prétentions se cumulent" (note marginale 10 p. 4; le ch. 5 p. 8 du Guide OFJ 2008 n'évoquait à ce propos que la situation dans laquelle une personne était à la fois victime et proche "suite à une même infraction" et indiquait en substance que si l'autorité devrait pouvoir en pareille hypothèse aller au-delà du plafond de 70'000 fr., elle ne pourrait en aucun cas dépasser le maximum des deux plafonds additionnés pour la victime et le proche).

dd) Les Guides OFJ 2008 respectivement 2019 - comme d'autres actes sous des dénominations diverses telles que directives, circulaires, instructions, lignes directrices, prescriptions ou règlements de services, mémentos (cf. ATF 121 II 473 consid. 2b) - constituent des ordonnances administratives qui ont pour fonction principale de réglementer l'organisation de l'administration et l'exécution des tâches ou de favoriser une application uniforme du droit (ATF 128 I 167 consid. 4.3 et les références; TF 2P.33/2007 du 10 juillet 2007 consid. 1.2). De telles ordonnances administratives s'adressent aux organes d'exécution et n'ont pas d'effets contraignants pour les administrés ou pour le juge (cf. Guide OFJ 2019, notes marginales 1 et 3 p. 2). Dès lors qu'elles tendent à une application uniforme et égale du droit, il convient toutefois d'en tenir compte et en particulier de ne pas s'en écarter sans motifs valables lorsqu'elles permettent une application correcte des dispositions légales dans un cas d'espèce et traduisent une concrétisation convaincante de celles-ci. En revanche, une ordonnance administrative ne saurait sortir du cadre fixé par une norme supérieure qu'elle est censée concrétiser; en d'autres termes, à défaut de lacune, un tel acte ne peut prévoir autre chose que ce qui découle de la législation ou de la jurisprudence (ATF 141 V 175 consid. 4.1, 133 II 305 consid. 8.1 et les références). A ce propos, le TF a eu l'occasion de relever, en lien avec le Guide OFJ 2008, que "ces directives ne sauraient certes lier les autorités d'application; toutefois, dans la mesure où elles concrétisent une réduction des indemnités LAVI par rapport aux sommes allouées selon les art. 47 et 49 CO, elles correspondent en principe à la volonté du législateur et constituent une référence permettant d'assurer une certaine égalité de traitement, tant que le Conseil fédéral n'impose pas de tarif en application de l'art. 45 al. 3 LAVI" (arrêt 1C_583/2016, 1C_585/2016 et 1C_586/2016 du 11 avril 2017 consid. 4.3).

4.                      En l'espèce, compte tenu des circonstances, l'autorité intimée a arrêté à 3'000 fr. le montant alloué à la recourante à titre de réparation morale en tant que proche de victime (cf. let. C/a supra) et à 15'000 fr. le montant qui lui a été alloué à ce titre en que victime directe (cf. let. D/a supra).

La recourante fait en substance valoir que sa situation aurait dû faire l'objet d'une évaluation globale et estime à ce propos que les faits ont été établis de manière incomplète (cf. let. D/b supra). Elle conclut principalement à la réforme respectivement à la modification des décisions attaquées "de sorte à faire l'objet d'une décision unique" admettant entièrement sa demande, l'Etat de Vaud lui allouant ainsi la somme de 40'000 fr. à titre de réparation morale pour les atteintes dont elle a été tant victime directe que proche de victime (cf. let. D/e supra).

a)  Le tribunal relève d'emblée qu'il aurait effectivement convenu de procéder à une appréciation globale du cas. Il n'y a pas lieu en effet, dans les circonstances du cas d'espèce, de distinguer la situation de la recourante en tant que victime directe et en tant que proche de victime; il est au demeurant fait référence au "contexte général englobant des violences conjugales" dans la décision concernant la recourante en tant que proche de victime et au fait que B.________ "a également assassiné le propre frère de la requérante" dans la décision la concernant en tant que victime directe, ce qui démontre bien que ces circonstances ne pouvaient être appréhendées indépendamment l'une de l'autre. Plus encore et comme rappelé ci-dessus (consid. 3d), le montant alloué à titre de réparation morale en application de la LAVI doit tenir compte de la souffrance effectivement ressentie par la victime (respectivement par le proche de la victime); il apparaît à l'évidence qu'il serait totalement illusoire en l'occurrence de tenter de déterminer si et dans quelle mesure les souffrances ressenties par la recourante, ayant en particulier occasionné un état de stress post-traumatique qui s'accompagne de différents symptômes (décrits dans le certificat médical établi le 13 juillet 2016), doivent être mises en lien spécifiquement avec les violences domestiques dont elle a fait l'objet ou bien plutôt avec l'assassinat de son frère.

L'autorité intimée aurait ainsi dû procéder à une appréciation globale du cas, en partant des fourchettes pour l'atteinte la plus grave (en l'espèce, le viol et la contrainte sexuelle; cf. consid. 4b infra) et en augmentant le montant de la réparation morale de manière proportionnelle pour prendre en compte l'ensemble des circonstances (cf. consid. 3d et 3e/cc supra) - y compris le fait que la recourante a également le statut de proche de victime en lien avec l'assassinat de son frère (cf. pour comparaison CDAP GE.2016.0172 du 5 juillet 2017 consid. 3h, confirmant le procédé de l'autorité intimée consistant à retenir que la victime concernée avait principalement le statut de proche de victime et à tenir compte dans un second temps du fait qu'elle avait également le statut de victime directe). Cela étant, l'autorité intimée a expressément indiqué dans son écriture du 7 février 2019 que le fait qu'elle avait rendu deux décisions distinctes n'avait aucune influence sur le sort de la demande de la recourante. On en peut déduire qu'une annulation des décisions attaquées et un renvoi des causes à l'autorité intimée afin qu'elle procède à une appréciation globale du cas n'aurait pas d'autre conséquence que de conduire cette dernière à allouer à la recourante un montant total de 18'000 fr. à titre de réparation morale, en fusionnant en quelque sorte les motivations de ses deux décisions. Par économie de procédure, il se justifie en conséquence d'examiner directement le bien-fondé de l'allocation d'un tel montant total compte tenu de l'ensemble des circonstances.

Le tribunal se contentera pour le reste de relever à ce stade qu'il ne voit pas  en quoi le fait que l'autorité intimée a rendu deux décisions distinctes - à tort, comme on vient de le voir - constituerait une violation de son obligation d'établir les faits pertinents de façon complète (cf. art. 28 al. 1 et 76 let. b LPA-VD, applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), quoi qu'en dise la recourante. Le manquement que l'on peut reprocher à l'autorité intimée sur ce point relève en effet de son appréciation des faits - plutôt que de l'établissement des faits; autre est la question de savoir si elle a dûment pris en compte l'ensemble des circonstances, qui sera examinée ci-après.

b)  Objectivement, les atteintes les plus graves dont a été victime la recourante sont les atteintes à son intégrité sexuelle (viols et contraintes sexuelles; cf. art. 189 et 190 CP). Elle a également été victime d'atteintes à son intégrité physique (lésions corporelles simples qualifiées, tentatives de lésions corporelles simples qualifiées et voies de fait qualifiées; cf. art. 123 et 126 CP); sans en minimiser l'importance, il n'apparaît pas qu'il en serait résulté des séquelles (somatiques) permanentes pour la recourante ni que cette dernière aurait de ce chef été hospitalisée ou aurait subi une diminution durable de sa capacité de travail. La recourante a par ailleurs été victime d'atteintes à son intégrité psychique sous la forme de menaces de mort envers elle, ses enfants et sa famille (cf. art. 180 CP); ces atteintes constituent des circonstances aggravantes des atteintes principales à son intégrité sexuelle. Elle a enfin le statut de proche de victime en lien avec l'assassinat de son frère par son ancien époux. Concernant les circonstances dans lesquelles ces différentes infractions se sont déroulées, il peut être renvoyé à la teneur du jugement pénal du 26 juin 2015 (en partie reproduit sous let. A/a supra).

aa) S'agissant de déterminer le montant de base de la réparation morale (dans le cadre du calcul en deux phases évoqué au consid. 3d supra), doivent ainsi en premier lieu être pris en compte les atteintes à l'intégrité sexuelle dont la recourante a fait l'objet ainsi que le fait qu'elle a été victime de ces atteintes de façon répétée durant environ deux ans (entre l'été 2010 et le 12 avril 2012, puis à nouveau entre mai 2012 et le 29 septembre 2012; cf. ch. 18 et 20 de l'acte d'accusation, reproduits sous let. A/a supra). Comme déjà indiqué (consid. 3e/bb), le Guide OFJ 2008, auquel l'autorité intimée se réfère, prévoit pour les cas d'atteinte à l'intégrité sexuelle une fourchette de 0 à 10'000 fr. en cas d'atteinte grave (degré 1/2) et de 10'000 à 15'000 fr. en cas d'atteinte très grave (degré 2/2). En référence à la casuistique en la matière, Baumann/Anabitarte/Müller Gmünder relèvent que les viols "donnent le plus souvent lieu à l'octroi d'une réparation se situant entre fr. 7'000 et fr. 8'000.-", respectivement que "des montants alloués au-delà de fr. 10'000.- concernent le plus souvent des cas de viols répétés ou qualifiés"; ces auteurs estiment en outre que la tranche allant jusqu'à 15'000 fr. n'est "pas adaptée aux cas les plus graves" (La pratique en matière de réparation morale à titre d'aide aux victimes, in Jusletter du 8 juin 2015, ch. 2 let. c p. 19) et, en lien spécifiquement avec les violences domestiques, rappellent notamment qu'il importe généralement peu pour fixer le montant de la réparation morale qu'un viol soit le fait du conjoint, de l'ex-partenaire ou d'un autre auteur (ibid., ch. 5 let. c p. 40). Le Guide OFJ 2019 prévoit désormais expressément que le viol doit être considéré comme une atteinte très grave et propose une fourchette de 8'000 à 20'000 fr. (degré 2/3).

Dans sa décision du 5 novembre 2018, l'autorité intimée se réfère aux cas suivants (ch. 3c):

     - En 2011, l'autorité d'indemnisation argovienne a alloué un montant de CHF 10'000.- à une victime de contrainte sexuelle répétée et viol par le conjoint, parfois avec usage de violence, enfermement et menace de mort. La victime a souffert de troubles psychiques sévères et a dû suivre un traitement psychiatrique (Baumann/Anabitarte/Müller Gmünder, op. cit., cas n° 38, p. 39).

              - En 2012, l'autorité d'indemnisation genevoise a alloué un montant de CHF 15'000.- à une victime dont l'ex-ami l'avait violée à deux reprises, celui-ci faisant usage de violence physique et de menaces à son encontre ainsi que contre la fille de la victime, entraînant une réaction de stress aiguë avec symptômes d'intrusion et de refoulement, troubles neurovégétatifs et altération de toutes les fonctions vitales et nécessitant une psychothérapie de 5 mois (Baumann/Anabitarte/Müller Gmünder, op. cit., cas n° 77, p. 16).

Parmi la casuistique mentionnée dans la contribution en cause (parue au mois de juin 2015), les deux cas évoqués sont effectivement ceux qui se rapprochent le plus des circonstances du cas d'espèce, dans la mesure où il s'agit dans les deux cas de viols par le conjoint respectivement l'ex-ami de la victime dans un contexte de violences physiques et de menaces; le tribunal rappelle à ce stade que les montants alloués l'ont été en tenant compte de l'ensemble des circonstances et qu'il apparaît, au vu de la description de ses atteintes à la santé psychique, que les souffrances endurées par la victime dans le second cas évoqué semblent avoir été particulièrement marquées, ce dont il a selon toute vraisemblance été tenu compte dans la fixation du montant de 15'000 fr.
- correspondant au montant supérieur en cas d'atteinte très grave à l'intégrité sexuelle selon le Guide OFJ 2008 alors en vigueur. Il est encore relevé que la cour de céans a confirmé dans un arrêt GE.2014.0101 du 4 mai 2015 le montant de 8'000 fr. alloué à titre de réparation morale à une victime qui avait fait l'objet de la part de son ex-compagnon de viols, mise en danger de la vie d'autrui, menaces et séquestration, les viols s'étant déroulés durant environ six mois à raison de deux ou trois fois par mois, et qui présentait des "séquelles durables sur le plan psychologique". Enfin, l'autorité d'indemnisation LAVI du canton de Genève a alloué en 2016 la somme de 12'000 fr. à une femme victime à plusieurs reprises, sur une période d'une dizaine d'années, de contraintes sexuelles, de lésions corporelles simples et de menaces de la part de son mari (ATA/756/2016, mentionné dans l'arrêt GE.2017.0087 précité, let. D et consid. 3g/aa).

En l'occurrence, la recourante a fait l'objet de viols et de contraintes sexuelles "à de très nombreuses reprises" durant environ deux ans, alors que son ancien époux la faisait vivre "dans un climat de terreur en raison des violences physiques et de menaces de mort qu'il lui faisait endurer depuis plusieurs années" (cf. ch. 18 et 20 de l'acte d'accusation, reproduits sous let. A/a supra). Dans ces conditions et en regard tant des fourchettes indiquées par les Guides OFJ 2008 respectivement 2019 que de la casuistique mentionnée ci-dessus, il apparaît que le montant de base de la réparation morale peut être arrêté à un montant de l'ordre de 12'000 fr. - montant qui doit dans un second temps être adapté en fonction de l'ensemble des circonstances du cas afin que la réparation morale tienne compte de la souffrance effectivement ressentie par la recourante (cf. consid. 3d supra).

bb) A ce propos, la première circonstance particulière à prendre en compte en l'occurrence consiste dans le fait que B.________ a finalement mis ses menaces de mort à exécution en assassinant le frère de la recourante. A juste titre, l'autorité intimée a accordé un poids certain à cette circonstance - justifiant à son sens en tant que telle une réparation morale en tant que proche de victime, même si elle aurait bien plutôt dû procéder à une appréciation globale du cas comme on l'a déjà vu - nonobstant l'absence de ménage commun respectivement de liens particulièrement étroits entre la recourante et son frère; elle s'est référée dans ce cadre aux circonstances, notamment au fait que le propre époux de la recourante avait assassiné son frère, entraînant un bouleversement encore plus intense dans sa vie, et qu'elle avait présenté des séquelles psychiques qualifiées d' "extrêmement sévères" - qui s'étaient toutefois peu à peu amendées (cf. la décision du 30 mai 2018, en partie reproduite sous let. C/a supra).

Concernant ce dernier point, il résulte en substance du certificat médical établi le 13 juillet 2016 par la Dresse I.________ et par Mme J.________ que la recourante a présenté un état de stress post-traumatique constaté dès le 1er novembre 2012 dont la symptomatologie (précisément décrite dans ce certificat médical) s'est progressivement amendée jusqu'en janvier 2015; son état traumatique s'est toutefois réactivé à la fin du mois d'avril 2015 avec l'apparition d'une symptomatologie anxio-dépressive lors des démarches qu'elle a dû effectuer en lien avec son divorce et son témoignage au procès de son ancien époux, avec un nouvel amendement progressif jusqu'à la fin du mois d'octobre 2015. Il apparaît en outre que les périodes symptomatiques se sont accompagnées d'incapacités de travail (totales ou partielles; cf. let. B/b supra). La teneur de ce certificat médical atteste à l'évidence de la gravité de l'atteinte subie par la recourante et constitue un indice déterminant s'agissant d'apprécier la souffrance qu'elle a ressentie tant en tant que victime directe qu'en tant que proche de victime. Comme le relève l'autorité intimée, il en résulte toutefois également que ces souffrances se sont peu à peu amendées - ainsi la recourante […] ne présentait-elle "plus de symptomatologie tant psychotraumatique qu'anxio-dépressive" au moment où le certificat médical concerné a été établi, même si des symptômes réapparaissaient "lors d'évènements en lien avec les traumas passés".  

A titre de circonstances à prendre en considération, l'autorité intimée a encore notamment retenu dans sa décision du 5 novembre 2018 que la recourante avait vécu dans la peur et sous la soumission de son ancien époux et qu'elle avait fait l'objet de menaces de morts contre elle et sa famille, de violences respectivement de viols et de contraintes sexuelles répétés. La recourante fait en substance valoir qu'il convient également de tenir compte du fait que B.________ a continué à la menacer même après son arrestation (notamment en adressant des lettres directement à son conseil), que ces menaces visaient également leurs enfants "qui ont dû être placés en foyer pour leur propre sécurité et ainsi séparés de leur mère", enfin que l'intéressé a également commis des escroqueries à son nom - de sorte qu'elle a dû faire face à des poursuites pénales et des procédures de recouvrement (cf. son recours du 6 décembre 2018, en partie reproduit sous let. D/b supra).

Le tribunal relève que l'autorité intimée cite dans sa décision du 5 novembre 2018 un extrait du certificat médical du 13 juillet 2016 dont il résulte en particulier qu'après que le frère de la recourante a été assassiné, les enfants de cette dernière ont été "placés en urgence dans un foyer, placement qui se poursuit aujourd'hui encore en raison des menaces qu'exerce l'ex-mari de Mme A.________ sur elle mais également sur sa famille malgré son emprisonnement". Ces éléments ont ainsi été pris en compte dans le cadre des circonstances du cas auxquelles il est fait référence dans la subsomption de cette décision, même s'il n'y est pas fait expressément référence. Quant aux escroqueries faites par B.________ au nom de la recourante, elles s'inscrivent dans le contexte général de menaces, violences et dénigrement dont elle a fait l'objet de sa part; on ne voit pas que cet élément devrait être considéré comme étant de nature à augmenter la souffrance ressentie par la recourante dans une mesure telle qu'il aurait en soi une incidence sur la fixation de la réparation morale - la recourante relevant au demeurant elle-même que les poursuites introduites de ce chef à son encontre "ont été classées en ce qui la concerne".

Au vu de l'ensemble des circonstances dûment prises en compte par l'autorité intimée, le tribunal considère en définitive que cette dernière n'a pas violé le droit ni abusé de son pouvoir d'appréciation en arrêtant le montant total de la réparation morale en faveur de la recourante à 18'000 fr., correspondant à une fois et demi le montant de base (théorique) tel qu'arrêté au consid. 4b ci-dessus. La recourante se réfère au montant de 40'000 fr. qui lui a été alloué à titre de réparation du tort moral dans le cadre du jugement pénal du 26 juin 2015; ce montant ne saurait toutefois être déterminant s'agissant d'arrêter le montant de la réparation morale sous l'angle de la LAVI - la collectivité, qui n'est pas responsable des conséquences de l'infraction mais seulement liée par un devoir d'assistance publique envers la victime, n'ayant pas à assurer à cette dernière une réparation pleine, entière et inconditionnelle, comme on l'a déjà vu (cf. consid. 3b). Quant au grief selon lequel la situation de la victime serait "extrêmement péjorée" lorsque les actes commis sont particulièrement graves, l'auteur n'étant plus en mesure de s'acquitter d'une indemnité de tort moral entière compte tenu de la longue peine privative de liberté qu'il subit, il ne résiste manifestement pas à l'examen. L'octroi d'une réparation morale en application de la LAVI suppose dans tous les cas que l'auteur de l'infraction ou un autre débiteur ne versent aucune prestation ou ne versent que des prestations insuffisantes (cf. art. 4 al. 1 LAVI); le montant octroyé ne dépend en revanche aucunement des éventuelles prestations octroyées - ou non - par la suite par l'auteur de l'infraction, ce qui se justifie pour ce même motif que la collectivité, compte tenu des particularités du système d'indemnisation instauré par la LAVI, n'a pas à assurer une réparation pleine, entière et inconditionnelle. La recourante ne se réfère pour le reste à aucun cas concret dans lequel le montant de la réparation morale aurait été sensiblement plus élevé que le montant total de 18'000 fr. qui lui a été alloué dans des circonstances similaires.

c) Comme on l'a vu ci-dessus (consid. 4a), il aurait appartenu à l'autorité intimée de procéder à une appréciation globale du cas et, partant, de ne rendre qu'une seule décision. Dès lors que le montant total de 18'000 fr. octroyé à la recourante à titre de réparation morale ne prête pas le flanc à la critique dans les circonstances du cas d'espèce, il n'apparaît toutefois pas qu'il y aurait lieu de formellement "réform[er] et modifi[er] les décisions attaquées de sorte à faire l'objet d'une décision unique", comme le requiert la recourante dans ses conclusions modifiées par écriture du 13 mai 2019; on ne voit pas en effet de quel intérêt digne de protection pourrait se prévaloir la recourante dans ce cadre (cf. art. 75 let. a LPA-VD) dès lors que le montant total qui lui serait alloué à ce titre demeurerait inchangé. Il convient bien plutôt de rejeter les recours et de confirmer les décisions attaquées, l'attention de l'autorité intimée étant toutefois attirée sur son devoir de procéder en pareille hypothèse à une appréciation globale du cas.

5.                      Il résulte des considérants qui précèdent que les recours doivent être rejetés et les décisions attaquées confirmées.

a)  A sa requête et compte tenu de ses ressources, la recourante est mise au bénéfice de l'assistance judiciaire avec effet dès le 2 juillet 2018 (pour la cause GE.2018.0139) respectivement dès le 6 décembre 2018 (pour la cause GE.2018.0254), comprenant l'assistance d'office d'un avocat en la personne de Me Carole Wahlen (cf. art. 18 al. 3 LPA-VD).

Pour l’indemnisation du mandataire d’office, les dispositions régissant l’assistance judiciaire en matière civile sont applicables par analogie (art. 18 al. 5 LPA-VD). L’art. 39 al. 5 du Code de droit privé judiciaire vaudois, du 12 janvier 2010 (CDPJ; BLV 211.02), délègue au Tribunal cantonal la compétence de fixer les modalités de la rémunération des conseils et le remboursement dans un règlement. Conformément à l’art. 2 du règlement du Tribunal cantonal du 7 décembre 2010 sur l’assistance judiciaire en matière civile (RAJ; BLV 211.02.3), le conseil juridique commis d'office a droit au remboursement de ses débours et à un défraiement équitable, sur la base d'un tarif horaire de 180 fr. pour un avocat (al. 1 let. a); lorsque la décision fixant l'indemnité est prise à l'issue de la procédure, elle figure dans le dispositif du jugement au fond (al. 4).

En l'occurrence, dans la liste de ses opérations du 9 décembre 2019 (cf. art. 3 al. 1 RAJ), Me Carole Wahlen a indiqué avoir consacré "22.35 heures" (correspondant à 22h21) pour les opérations dans les deux causes concernées. Il en résulte toutefois qu'elle a déclaré des opérations depuis le 10 juin 2016, date à laquelle elle a déposé sa demande initiale auprès de l'autorité intimée (cf. let. B/a supra), qui ne sauraient être prises en compte dans ce cadre. D'une part en effet et d'une façon générale, la demande d'assistance judiciaire n'est qu'exceptionnellement accordée avec effet rétroactif (cf. art. 119 al. 4 CPC), et l'on ne voit pas quelles circonstances particulières justifieraient que tel soit le cas en l'occurrence; d'autre part, il appartient à la cour de céans de statuer sur la demande d'assistance judiciaire pour la procédure ouverte devant elle (cf. art. 18 al. 4 LPA-VD), et non pour la procédure devant l'autorité intimée - chaque autorité administrative étant compétente pour octroyer l'assistance judiciaire pour les procédures qu'elle mène (cf. art. 18 al. 3 LPA-VD). C'est le lieu de préciser que la requête d'assistance judiciaire déposée par la recourante devant l'autorité intimée a été refusée par cette dernière; les recours qu'elle a formés devant la cour de céans ne portent toutefois pas sur ce point.

Cela étant, en s'en tenant aux opérations effectuées dès le recours devant la cour de céans contre la décision du 30 mai 2018 (cause GE.2018.0139), y compris l'opération annoncée la veille de la rédaction de ce recours (1h00 consacrée à l'étude du dossier), Me Carole Wahlen a consacré 14.15 heures (correspondant à 14h09) pour les opérations dans les deux causes concernées, ce qui paraît approprié aux nécessités du cas. L'indemnité de conseil d'office doit dès lors être arrêtée à un montant total de 2'880 fr., correspondant à 2'547 fr. d'honoraires (14.15 heures x 180 fr.), 127 fr. de débours (5 % de 2'547 fr.; cf. art. 3bis al. 1 RAJ) et 206 fr. de TVA (7.7 % de [2'547 fr. + 127 fr.]).

La recourante n'est pas tenue de rembourser cette indemnité de conseil d'office (cf. art. 30 al. 3 LAVI).

b)  Il n'est pas perçu d'émolument (cf. art. 49 al. 1 LPA-VD et 30 al. 1 LAVI) ni alloué d'indemnité à titre de dépens (cf. art. 55 al. 1 LPA-VD).

 


 

Par ces motifs
 la Cour de droit administratif et public
du Tribunal cantonal
arrête:

 

I.                       Les recours dans les causes GE.2018.0139 et GE.2018.0254 sont rejetés.

II.                      Les décisions rendues le 30 mai 2018 (cause GE.2018.0139) et 5 novembre 2018 (cause GE.2018.0254) par le Service juridique et législatif, Autorité d'indemnisation LAVI, sont confirmées. 

III.                    Le bénéfice de l'assistance judiciaire est accordé à A.________ avec effet dès le 2 juillet 2018 (pour la cause GE.2018.0139) respectivement dès le 6 décembre 2018 (pour la cause GE.2018.0254), comprenant l'assistance d'office d'un avocat en la personne de Me Carole Wahlen.

IV.                    L’indemnité d’office de Me Carole Wahlen est arrêtée à 2'880 (deux mille huit cent huitante) francs, TVA comprise.

V.                     Il n'est pas perçu d'émolument ni alloué de dépens.

Lausanne, le 20 décembre 2019

 

Le président:                                                                                             Le greffier:         



Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint, ainsi qu'à l'Office fédéral de la justice.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000 Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi fédérale du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF; RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.