TRIBUNAL CANTONAL

COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC

 

Arrêt du 29 janvier 2020  

Composition

M. Pascal Langone, président; M. Fernand Briguet et
M. Raymond Durussel, assesseurs; Mme Nicole Riedle, greffière.

 

Recourant

 

 A.________  à ******** représenté par LA FRATERNITÉ, Centre social protestant, à Lausanne,  

  

Autorité intimée

 

Service de la population (SPOP),    

  

 

Objet

        Refus de délivrer   

 

Recours A.________ c/ décision du Service de la population (SPOP) du 10 mai 2019 refusant la prolongation de l'autorisation de séjour et prononçant son renvoi de Suisse

 

Vu les faits suivants:

A.                     A.________, ressortissant tunisien né le ******** 1988, est entré en Suisse le 5 septembre 2012 afin d'entreprendre un Bachelor en systèmes industriels auprès de la Haute Ecole d'Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (ci-après: HEIG-VD). Le 22 novembre 2012, l'intéressé a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour pour formation, laquelle a été régulièrement prolongée.

B.                     Du mois de juillet 2014 au mois de février 2015, A.________ a été soigné par chimiothérapie et radiothérapie pour un lymphome de Hodgkin (cancer hématologique).

C.                     Le 9 octobre 2015, l'intéressé s'est marié avec B.________(ci-après: B.________), ressortissante suisse, née le ******** 1983. A la suite de son mariage, A.________ a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour par regroupement familial, laquelle a été régulièrement prolongée.

Aucun enfant n'est issu de cette union.

D.                     Aux termes d'une attestation établie par la HEIG-VD, A.________ a mis un terme à ses études le 25 novembre 2015. Selon les déclarations de l'intéressé, son état de santé ne lui permettait pas de poursuivre sa formation.

E.                     a) Le 1er février 2016, la gendarmerie est intervenue, pour la première fois, au  domicile des époux à ********.

Il ressort du rapport d'intervention établi le même jour que le couple se disputerait fréquemment. A cet égard, B.________ a expliqué ce qui suit:

"[...] Jusqu'à aujourd'hui, chaque fois que nous nous disputions, nous nous injurions et A.________ m'envoie des signaux menaçants. En effet, je veux me séparer de lui car je ne l'aime plus. Toutefois, il n'accepte pas cela car il a peur de perdre son statut en Suisse. Il m'accuse de "niquer sa vie". Ses menaces ne sont pas directs mais je sens bien qu'elles sont là.

Ce soir, nous avions bu de l'alcool et A.________ était venu me trouver. Actuellement, il vit chez un ami en raison de nos problèmes conjugaux. Donc, nous étions chez moi quand, à nouveau, nous nous sommes disputés. Il est alors parti, à ma demande. Puis il a retoqué directement à la porte. J'ai pensé que c'était quelqu'un d'autre mais c'était A.________ et il est entré en disant avoir appelé la police. J'ai rappelé le 117 pour décommander mais comme A.________ était tendu, je vous ai prié de venir.

Pour vous répondre, A.________ m'a frappée une seule fois depuis notre relation. C'était en décembre 2015. En fait, il m'empêchait de sortir en me tenant par le cou. Cela a duré quelques secondes et c'est tout. Heureusement qu'un de ses amis était là car j'avais peur pour la suite. Je précise que j'ai peu de souvenirs car j'avais beaucoup bu ce jour-là. [...]".

A.________ a, quant à lui, déclaré ce qui suit:

"[...] Je connais B.________ depuis décembre 2014 et nous nous sommes mariés en octobre 2015. Nos problèmes de couple ont commencé lorsque B.________ a recommencé à prendre de la cocaïne, le jour de nos fiançailles. Elle consomme régulièrement et se ravitaille en Ville de ********. Une ambulance est intervenue en janvier de cette année, car B.________ a fait une overdose. Au début décembre 2015, B.________ a voulu sortir un soir pour acheter de la cocaïne, mais je l'ai empêchée en la retenant. Pour cette raison, nous nous sommes bagarrés. Bien que nous sommes mariés, B.________ m'a foutu dehors de la maison avec mes affaires. Je sais qu'elle a des relations sexuelles avec notre colocataire, ce qui me dérange.

Aujourd'hui, je suis revenu à la maison vers 1500. Vers 1700, nous avons parlé dans la chambre. Comme elle avait pris de la drogue aujourd'hui, je lui ai dit que j'avais appelé la police, ce qui n'était bien sûr pas vrai. Je voulais juste lui faire peur. Elle a ensuite rappelé la police pour savoir si c'était vrai, raison pour laquelle vous êtes venus. Nous ne nous sommes pas battus, mais elle m'a dit de dégager, ce que je n'ai pas voulu faire car j'habite officiellement ici. Pour cette nuit, je m'engage à quitter l'appartement pour aller dormir chez un ami [...].".

b) Le 22 juillet 2016, la gendarmerie est intervenue une nouvelle fois au domicile des époux. Le rapport de police établi à la même date fait état de ce qui suit:

"[...] Vendredi 22.07.16, notre centrale d'engagement sollicitait notre intervention pour une violence domestique à ********, ********, deuxième étage.

Sur place, nous avons rencontré la victime, en pleurs et terrifiée, soit Mme B.________ épouse de M. A.________. Quant à lui, il n'était plus présent. A notre arrivée, nous avons constaté un trou béant sur la porte d'entrée. Selon les déclarations de la victime, suite à une dispute avec son mari survenue la veille dans la matinée, Mme B.________ a subi des violences physiques visibles (traces de strangulation au niveau du cou, hématomes sur les bras et la poitrine). Ce jour, vendredi 22.07.16, vers 0600, M. A.________ voulait rentrer chez lui, mais n'ayant pas les clés, dans un excès de colère, il démonta la porte avec ses pieds si fort qu'il créa un trou béant. C'est à ce moment que Mme B.________, dans la peur, appela le 117. [...]."

Aux termes du rapport de police, B.________ a, pour sa part, exposé ce qui suit:

"[...] Depuis votre dernière intervention le 01.02.2016, tout s'est bien passé mis à part quelques engueulades. Depuis hier matin, jeudi 21.07.16, à mon réveil, vers 0730, je me suis rendue dans la chambre de mon fils, c'est là que A.________ a passé la nuit, seul. Nous nous sommes engueulés à cause du fait que j'étais sortie la veille et que je n'avais pas répondu à ses messages. Je lui ai dit que j'étais désolée et lui ai demandé de me pardonner. Il m'a répondu: "De toute façon t'es qu'une pute, ma femme elle sort, elle me dit pas où elle va", je ne lui ai pas répondu. Par la suite, il m'a poussée dans le couloir. J'ai essayé de le prendre dans mes bras et il me disait de le laisser tranquille. Il répétait sans cesse: "Ma femme elle sort, c'est une pute, elle me dit pas où elle va". J'ai levé la voix car il ne m'écoutait pas. C'est à ce moment qu'il m'a repoussée, puis il m'a empoignée au niveau du cou, j'avais mal, j'avais de la peine à respirer et j'ai eu très peur, pendant ce temps je tombais et me suis retrouvée au sol. Je ne sais pas combien de temps cela a duré mais j'ai eu l'impression que c'était long. Je me suis débattue, je l'ai mordu à la main, j'ai tenté d'enlever ses mains sans y parvenir. Je sais qu'à un moment, il m'a aussi attrapé le visage, je ne sais pas vous dire exactement quand cela s'est produit, je suis confuse. Une fois qu'il m'a lâchée, je pleurais et il continuait à m'insulter. [...]

Ce jour, vendredi 22.07.16, vers 0600, j'ai été réveillée par A.________ qui donnait des coups sur la porte d'entrée, jusqu'à faire un trou. En effet, il ne prend jamais les clés du domicile avec lui. Simultanément, j'ai fermé le deuxième loquet, puis, une fois qu'il avait fait le trou dans la porte, j'ai fait le 117. J'avais très peur de lui à ce moment. Je sais que quand il est énervé, il voit rouge. [...]".

A.________ a, quant à lui, déclaré ce qui suit:

"[...] Depuis février de cette année, période de votre dernière intervention, ça va très bien. Nous avons des projets. J'ai trouvé un travail au ******** à ********. J'ai commencé le 15.02.2016.

ME [mercredi] soir, j'ai fini le travail et je suis arrivé à la maison vers minuit trente. Elle n'était pas à la maison. Elle est rentrée vers 2 ou 3 heures du matin. En rentrant, elle a commencé à crier. Je l'ai poussée. Et après je ne me rappelle plus de ce qu'il s'est passé.

Ce matin, j'ai cassé la porte avec mes pieds. Je voulais rentrer mais je n'ai pas de clé, vu que nous n'avons qu'une seule clé.

J'en ai marre de voir mes valises chaque fois que je rentre. Je regrette mon comportement et normalement je fais pas ça.

[...]".

Il ressort encore du rapport de police du 22 juillet 2016 que A.________ a fait l'objet, à l'issue de l'intervention policière, d'une expulsion immédiate du logement pour une durée de quatorze jours.

Le même jour, B.________ a déposé plainte pénale contre son époux.

F.                     Le 16 novembre 2016, par convention valant prononcé de mesures protectrices de l'union conjugale, les époux ont convenu de vivre séparés pour une durée indéterminée à partir du 1er octobre 2016 et d'attribuer la jouissance du domicile conjugal à B.________.

G.                    Le 15 décembre 2017, la gendarmerie est intervenue, pour la troisième fois, au domicile des époux, qui, selon leurs déclarations, avaient repris la vie commune à la suite de leur séparation.

Aux termes du rapport de police établi à la date de l'intervention, B.________ a déclaré ce qui suit:

"[...] Suite à une précédente altercation, en juillet 2016, vos services sont déjà intervenus. Suite à cette affaire, j'ai retiré ma plainte et nous nous sommes séparés. Toutefois, depuis deux mois on a recommencé notre histoire. De mon côté, j'avais aussi arrêté de boire de l'alcool. Malgré la reprise récente de notre histoire, A.________ me délaisse et je sais qu'il voit d'autres filles. Suite à ces problèmes, j'ai recommencé à boire de l'alcool. Ce soir, j'étais au téléphone avec un ami pour rendre jaloux A.________. J'avoue avoir fait exprès pour faire réagir A.________, en espérant avoir de l'attention. A.________ n'a pas apprécié cette conversation et il m'a jeté mon verre de vodka au visage avant de mettre sa main sur ma figure. A cet instant, je l'ai giflé et j'ai appelé la police. Puis il est parti dans la chambre. Je me suis immédiatement rendue vers lui pour avoir une explication et le rassurer. Là, il m'a demandé d'annuler votre intervention, ce que j'ai fait, cependant vous être quand-même venus. Pour tout vous dire, ce n'est pas la première fois que A.________ me tape mais je n'ai jamais rien dit. [...]".

A.________ a, pour sa part, exposé ce qui suit:

"[...] Nous nous sommes rencontrés en 2014, puis nous nous sommes mariés le 09 octobre 2015. Dans notre couple, il y avait de temps en temps des disputes pour de la jalousie mais rien de grave. Je tiens à préciser que mon épouse a des problèmes d'alcool depuis 3 ans. Elle était abstinente depuis 8 mois jusqu'à aujourd'hui. Cet été, nous nous sommes séparés à cause de ses problèmes d'alcool. Lors de cette séparation, j'ai pris une chambre à ********. Pendant notre séparation, nous nous sommes revus plusieurs fois. Après plusieurs discussions et parce que l'on s'aime, nous avons décidé de nous remettre ensemble. J'ai donc déménagé d'******** pour venir m'installer ici. Mercredi, je suis rentré du travail à minuit et j'ai retrouvé mon épouse alcoolisée dans l'appartement. Cela m'a déçu et nous nous sommes disputés. Elle m'a dit que je devais partir, que je n'étais qu'un sale con et elle m'a giflé en me traitant de sale chien. Suite de quoi, elle s'est excusée. Hier, j'ai terminé le travail à 1700. Mon épouse est rentrée vers 2000. Elle s'est remise à boire et m'a provoqué en me traitant de sale con. J'ai renversé son verre et l'ai poussée sur le canapé en mettant mes mains sur son visage. C'est à ce moment-là, qu'elle a fait appel à vos services. Suite à cela, elle s'est levée, m'a donné un coup de pieds à l'arrière de la cuisse et m'a giflé. Cela m'a cassé mes lunettes. Enfin, j'ai riposté et l'ai giflé à mon tour avec la main gauche. [...]".

A l'issue de l'intervention policière, A.________ a, une nouvelle fois, fait l'objet d'une expulsion immédiate du logement pour une durée de quatorze jours.

Le même jour, les époux ont porté plainte l'un contre l'autre.

H.                     Par prononcé du 16 janvier 2018, le Tribunal d'arrondissement de la Broye et du nord vaudois a pris acte du retrait de la plainte déposée par B.________ contre A.________ (en lien avec la dispute survenue le 22 juillet 2016) et a libéré ce dernier des chefs de prévention de dommages à la propriété et injure, a ordonné la cessation des poursuites pénales dirigées contre lui pour lésions corporelles simples qualifiées et l'a libéré du chef de prévention de mise en danger de la vie d'autrui.

I.                       Le 19 juillet 2018, les époux ont été entendus par le Service de la population (ci-après: SPOP). On peut extraire les passages suivants du procès-verbal d'audition de B.________:

"[...]

Q.8.        Depuis quand faites-vous ménage séparé?

R.           Depuis le 01.07.2017.

Q.9.        Qui a demandé la séparation?

R.           C'est moi.

Q.10.      Quels sont les motifs de cette séparation?

R.           Nous étions tous deux pris dans mon engrenage de dépendances (alcool et drogues), j'essayais de me soigner et ainsi récupérer la garde de mes 2 enfants. Lui était à la maison. Nous avons aussi des problèmes d'entente et de compréhension et j'ai pensé qu'il était mieux pour nous deux d'arrêter, cela a été difficile car nous étions attachés l'un à l'autre et nous avions eu beaucoup de séparations, on jouait un peu au chat et à la souris. Et puis je n'avais plus confiance en lui suite à des tromperies.

Maintenant je suis totalement abstinente.

Q.11.      Une procédure de divorce est-elle envisagée?

R.           Non car il ne veut pas divorcer, nous avons fait les mpuc [mesures protectrices de l'union conjugale] et mon avocate m'a dit que j'étais obligée d'attendre les 2 ans de séparation. Mon avocate vous enverra les mpuc.

Q.12       Une reprise de la vie conjugale est-elle envisagée? [...]

R.           Non. D'ailleurs j'ai refait ma vie amoureuse.

[...]

Q. 16      Avez-vous été victime ou auteur de violences conjugales? Si oui, de quelle nature étaient-elles? A quelle période ont-elles eu lieu? Qu'avez-vous entrepris à ce propos? Des suites ont-elles été données (plaintes, constats médicaux, abandon du domicile conjugal en urgence, refuge dans un foyer traitant ce genre de problématique)?

R.           Oui, victime à plusieurs reprises. Voir les divers rapports de police.

[...]".

Pour sa part, A.________ a notamment déclaré ce qui suit:

"[...]

Q.8.        Depuis quand faites-vous ménage séparé?

R.           Depuis le 01.07.2017.

Q.9.             Qui a voulu / demandé la séparation?

R.                C'est à tour de rôle que nous prenions cette décision mais c'est elle qui a fait les démarches pour les mpuc. En 2017 nous ne sommes pas passés devant le juge, elle a juste écrit au Tribunal que nous sommes séparés.

Q.10.           Quels sont les motifs de cette séparation?

R.                Au début elle était bien puis elle a eu des crises dues à l'alcool, ce n'était pas tous les jours mais ces crises pouvaient durer 4 à 7 jours. Je n'ai pas su gérer ses problèmes d'alcool. Malgré que nous nous aimions ces problèmes d'alcool ont eu une grande influence sur notre couple, même sur nos personnalités. J'ai été choqué lors de ses premières crises car je ne savais pas que faire. Elle m'avait caché qu'elle était consommatrice de stupéfiants. Puis il y a eu les problèmes avec SPJ qui l'ont trouvée ivre, puis hospitalisée après l'intervention de la Police etc... Après chacune de ses crises je ne pouvais pas rentrer à la maison, je dormais chez mon employeur, je ne pouvais pas avoir une vie stable. Après ses crises elle m'appelait en me demandant de ne pas l'abandonner et je faisais la tournée des gens à qui elle avait emprunté de l'argent pour les rembourser. A un certain moment j'ai pété un câble.

Ce qui m'a fait le plus mal est qu'elle m'avait caché qu'elle prenait des stupéfiants, j'étais en traitement de radiothérapie suite à mon cancer alors je dormais longtemps ce qui a fait que je n'ai pas vu qu'elle consommait des drogues.

Q.11.           Une procédure de divorce est-elle envisagée?

R.                Normalement elle veut divorcer mais ça fait un moment que je n'ai pas parlé avec elle, j'aimerais avoir une discussion et des explications avant de prendre ma décision. Savoir pourquoi elle a pris cette décision.

Q.12.           Une reprise de la vie conjugale est-elle envisagée? [...]

R.                Je ne pense pas, pour l'instant. J'ai entendu et elle m'a dit par messages qu'elle avait refait sa vie amoureuse. Moi pas, car il m'a fallu longtemps pour me rétablir de cette situation et trouver du travail.

[...]

Q.16.           Quels sont vos moyens financiers actuels?

R.                Chez ******** mon salaire à 30% tourne autour de Fr. 450.- et 1'000.- net/mois.

                   Chez ******** (AMA) mon salaire à 50% est de Fr. 1'500 à 1'600.- net/mois, impôts déduits à la source.

                   Je ne touche plus de R.I. car je gagne plus que mon droit.

                   Je touche les subsides pour assurance maladie (Concordia).

                   Le loyer de ma chambre meublée prise dans une colocation est de Fr. 550.- cc/mois.

                   Je n'ai pas de crédit ni de leasing.

                   J'ai des poursuites pour ~Fr. 6600.- et des ADB [actes de défauts de biens] pour ~Fr. 1'200.-.

                   Je n'ai pas de biens en Tunisie et n'envoie pas d'argent à ma famille au pays.

Q.17.           Avez-vous été victime ou auteur de violences conjugales? Si oui, de quelle nature étaient-elles? A quelle période ont-elles eu lieu? Qu'avez-vous entrepris à ce propos? Des suites ont-elles été données (plaintes, constats médicaux, abandon du domicile conjugal en urgence, refuge dans un foyer traitant ce genre de problématique)?

R.                Oui, voir les PV de police.

[...]".

J.                      Le 6 août 2018, le SPOP s'est adressé à A.________, semble-t-il par l'intermédiaire du bureau des étrangers d'********. En substance, le SPOP lui faisait part de son intention de refuser le renouvellement de son autorisation de séjour, obtenue par regroupement familial, au motif qu'il vivait séparé de son épouse depuis le mois d'avril 2017. Le SPOP invitait l'intéressé à se déterminer à ce sujet, ce qu'il n'a pas fait dans le délai imparti.

K.                     Par formulaire du 30 octobre 2018, A.________ a demandé la prolongation de la durée de validité de son autorisation de séjour, arrivée à échéance le 8 octobre 2018. Les documents accompagnant la demande font état du changement d'adresse de l'intéressé, arrivé à ******** le 13 septembre 2018.

Le 1er novembre 2018, le SPOP a adressé un nouveau courrier à A.________, cette fois à son adresse ********, en reprenant le contenu de son préavis du 6 août 2018 et en lui impartissant un nouveau délai pour se déterminer.

Par lettre du 18 janvier 2019, A.________ a expliqué qu'il avait vécu dans un contexte de violences conjugales avec son épouse; pour se préserver, le couple n'avait pas eu d'autre choix que de se séparer. B.________ présentait en effet une addiction à l'alcool et à la cocaïne. Lorsqu'elle était sous l'emprise de ces substances, elle ne se maîtrisait plus et l'agressait verbalement, le menaçait, l'insultait, lui faisait du chantage, se montrait jalouse et dépensait de manière excessive l'argent du ménage. En raison de ces violences conjugales, il souffrait de dépression. L'intéressé évoquait en outre le cancer qui l'avait touché quelques années plus tôt, sa situation professionnelle, ainsi que les perspectives qu'il entrevoyait de reprendre, à l'avenir, une formation et d'obtenir un diplôme, tout en maintenant une indépendance financière.

A la demande du SPOP, A.________ a produit un rapport médical daté du 17 janvier 2019, attestant du fait qu'il a été traité dès le mois de juillet 2014 pour un lymphome de Hodgkin (cancer hématologique). Aux termes dudit rapport, le traitement, consistant en des séances de chimiothérapie et de radiothérapie, a duré jusqu'au mois de février 2015, l'intéressé étant soumis à des contrôles médicaux réguliers jusqu'au mois de février 2020. Le rapport ne fait état d'aucun autre traitement à entreprendre et n'indique pas que les contrôles médicaux précités ne pourraient être effectués dans le pays d'origine de l'intéressé.

L.                      Par décision du 10 mai 2019, le SPOP a refusé de renouveler l'autorisation de séjour de A.________ et a prononcé son renvoi de Suisse. En substance, il a relevé que l'intéressé ne pouvait pas se prévaloir de raisons personnelles majeures pour continuer à séjourner en Suisse. Les violences conjugales évoquées étaient réciproques et le recourant n'avait au demeurant pas démontré à satisfaction qu'elles étaient avérées. En outre, le traitement médical lié au lymphome dont l'intéressé avait souffert était terminé et les contrôles subséquents pouvaient être effectués dans son pays d'origine.

M.                    Par acte du 4 juillet 2019, A.________ (ci-après: le recourant) a recouru contre cette décision auprès de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (ci-après: le tribunal), en concluant, principalement, à sa réforme en ce sens qu'une autorisation de séjour lui soit délivrée et, subsidiairement, à son admission provisoire, l'exécution de son renvoi étant inexigible, voire illicite. En substance, il a repris les arguments développés dans ses déterminations du 18 janvier 2019. De plus, il a exposé qu'en raison des faibles revenus dont il disposerait en Tunisie, il n'aurait pas accès à des examens médicaux réguliers et ne serait pas en mesure de financer un  traitement si nécessaire (lié à un éventuel nouveau lymphome). En outre, les soins psychiatriques, dont il aurait besoin, seraient très coûteux et il serait mal perçu d'y recourir. Enfin, sa réintégration en Tunisie serait fortement compromise. A l'appui de son écriture, le recourant a notamment produit une attestation du Centre LAVI, les rapports de police des 1er février 2016 et 15 décembre 2017, ainsi que des documents d'information générale relatifs à l'abus de substances et aux spécificités des hommes victimes de violence.

Le 16 juillet 2019, le SPOP a déposé sa réponse au recours, en concluant à son rejet. En substance, l'autorité intimée remet en cause le caractère systématique et grave des violences conjugales que le recourant aurait subies. S'agissant en particulier de la dispute du 15 décembre 2017, le SPOP relève que des actes de violence auraient été commis par les deux époux. En outre, lors de ses auditions par le SPOP et la police (respectivement en date des 19 juillet 2018, 1er février et 22 juillet 2016), le recourant n'aurait pas mentionné avoir fait l'objet de violences conjugales. Ce ne serait que postérieurement au préavis négatif du SPOP du 1er novembre 2018, soit une année et demie après la séparation du couple intervenue en juillet 2017 à la demande de l'épouse, que le recourant se serait présenté auprès du Centre LAVI. En outre, selon le rapport médical du 17 janvier 2019, son état de santé serait stable.

Le 22 août 2019, le recourant a déposé des déterminations complémentaires. Il est principalement revenu sur son état de santé psychique et a expliqué, en substance, que la dépression à laquelle il faisait face constituait la preuve des violences conjugales qu'il avait subies. En outre, les difficultés psychiques en cause faisaient obstacle à sa réintégration en Tunisie. Enfin, le fait qu'il n'ait contacté le Centre LAVI qu'au mois de janvier 2019 relevait d'une "stratégie d'évitement", réaction communément observée chez les hommes victimes de violences conjugales, selon les professionnels.

A l'appui de ses déterminations, le recourant a produit un rapport médical, daté du 9 juillet 2019, émanant du Centre des Alpes de psychiatrie et psychothérapie, dont il ressort qu'il souffre d'un "trouble dépressif récurrent, épisode actuel sévère avec symptômes psychotiques". Ledit rapport fait en outre état de ce qui suit:

"[...] Suite à ses problèmes de santé et aux conflits conjugaux avec son ex-épouse, Monsieur A.________ souffre actuellement de stress, nervosité, tristesse, irritabilité, troubles sévères du sommeil. Le patient pense être abandonné par ses amis pour son irritabilité et sa tendance à l'isolement social suite à sa dépression. Angoisses sévères avec troubles de l'adaptation par crainte de rechuter dans sa maladie (cancer du lymphome ganglionnaire). Le patient a accompagné à trois reprises son ex-épouse à ******** à ******** pour une cure de sevrage d'alcool. A la fin de la 3ème cure, il a observé son ex-épouse rechuter dans l'alcool. Suite à cet événement, ils se sont violemment disputés et le couple a décidé de divorcer. [...]".

Le 28 août 2019, le SPOP a indiqué que les arguments invoqués par le recourant, dans sa lettre du 22 août 2019, n'étaient pas de nature à modifier son appréciation.

N.                     Il ressort par ailleurs du dossier que le divorce des époux a été prononcé le 8 juin 2019.

Sur le plan financier, l'extrait du registre des poursuites concernant le recourant, daté du 18 juillet 2018, fait état de deux actes de défauts de biens et de différentes poursuites.

Enfin, sur le plan pénal, il ressort de l'ordonnance du 1er novembre 2018 que le Ministère public de l'arrondissement du nord vaudois a ordonné le classement de la procédure pénale dirigée contre A.________ pour voies de fait qualifiées, ainsi que le classement de la procédure pénale dirigée contre B.________ pour voies de fait, dommage à la propriété et injure (en lien avec les disputes survenues les 13 et 15 décembre 2017).

O.                    Le tribunal a statué par voie de circulation.

Considérant en droit:

1.                      Déposé dans le délai légal de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile. Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD (applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD), de sorte qu'il convient d'entrer en matière sur le fond.

2.                      Le 1er janvier 2019 est entrée en vigueur la modification du 16 décembre 2016 de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers (LEtr; cf. RO 2017 6521), dont le titre est désormais loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20); parallèlement, l'ordonnance fédérale du 24 octobre 2007 relative à l'admission, au séjour et à l'exercice d'une activité lucrative (OASA; RS 142.201) a fait l'objet de différentes modifications également entrées en vigueur le 1er janvier 2019. L'art. 126 al. 1 LEI, dont la teneur est identique à celle de l'art. 126 al. 1 LEtr, prévoit que les demandes déposées avant l'entrée en vigueur de la loi sont régies par l'ancien droit. A défaut d'autre disposition transitoire prévue par la LEI ou par le Conseil fédéral, il convient d'appliquer à la présente cause, si elles sont différentes du droit actuel, les dispositions de l'ancien droit (cf. par exemple, PE.2018.0143 du 10 avril 2019 consid. 2 et les références citées), dès lors que la demande de renouvellement de l'autorisation de séjour est intervenue le 30 octobre 2018.

3.                      Le litige porte sur le refus de l'autorité intimée de renouveler l'autorisation de séjour du recourant.

a) Aux termes de l'art. 42 al. 1 LEI, dont la teneur n'a pas été modifiée dans le cadre de la novelle du 16 décembre 2016, le conjoint d'un ressortissant suisse ainsi que ses enfants célibataires de moins de 18 ans ont droit à l'octroi d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de validité à condition de vivre en ménage commun avec lui.

A teneur de l'art. 50 al. 1 let. a LEI, dans sa teneur en vigueur jusqu'au 31 décembre 2018, après dissolution de la famille, le droit du conjoint à l'octroi d'une autorisation de séjour et à la prolongation de sa durée de validité en vertu de l'art. 42 subsiste lorsque l'union conjugale a duré au moins trois ans et que l'intégration est réussie. Il s'agit de deux conditions cumulatives. La période minimale de trois ans de l'union conjugale commence à courir dès le début de la cohabitation effective des époux en Suisse et s'achève au moment où ceux-ci cessent de faire ménage commun. Seules les années de mariage et non de concubinage sont pertinentes (ATF 140 II 345 consid. 4 et 4.1 p. 347).

b) En l’espèce, les époux se sont mariés le 9 octobre 2015 et leur séparation date du mois de juillet 2017, selon leurs déclarations. L'union conjugale a ainsi duré moins de trois ans. Il s’ensuit que le recourant ne saurait se prévaloir de l'art. 50 al. 1 let. a LEI; dans ces conditions, il n'est pas nécessaire, à ce stade, d'examiner si l'intégration du recourant est ou non réussie selon la deuxième condition de cette disposition.

4.                      L'intéressé se prévaut des violences conjugales dont il aurait été victime pour obtenir le renouvellement de son autorisation de séjour.

a) aa) L'art. 50 al. 1 let. b LEI (dont la teneur n'a pas été modifiée dans le cadre de la novelle du 16 décembre 2016) prévoit qu'après la dissolution de la famille, le droit de présence du conjoint subsiste également lorsque la poursuite du séjour en Suisse s'impose pour des raisons personnelles majeures. Les raisons personnelles majeures visées à l'al. 1 let. b, sont notamment données lorsque le conjoint est victime de violence conjugale, que le mariage a été conclu en violation de la libre volonté d'un des époux ou que la réintégration sociale dans le pays de provenance semble fortement compromise (art. 50 al. 2 LEI).

bb) S'agissant d'apprécier l'existence et l'intensité des violences conjugales, il y a lieu de se référer à l'art. 77 al. 5, al. 6 et al. 6bis OASA, ainsi qu'à la jurisprudence rendue en application de l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI.

Selon l'art. 77 OASA, dans sa teneur en vigueur jusqu'au 31 décembre 2018, si la violence conjugale (au sens de l'art. 50 al. 2 LEI) est invoquée, les autorités compétentes peuvent demander des preuves (al. 5). Sont notamment considérés comme indices de violence conjugale (al. 6): les certificats médicaux (let. a), les rapports de police (let. b), les plaintes pénales (let. c), les mesures au sens de l'art. 28b du code civil (let. d) ou encore les jugements pénaux prononcés à ce sujet (let. e). Lors de l'examen des raisons personnelles majeures visées à l'art. 50 al. 1 let. b LEI, les autorités compétentes tiennent compte des indications et des renseignements fournis par des services spécialisés (al. 6bis).

cc) Selon la jurisprudence rendue en application de l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI, s'agissant de la violence conjugale, la personne admise dans le cadre du regroupement familial doit établir qu'on ne peut plus exiger d'elle qu'elle poursuive l'union conjugale, parce que cette situation risque de la perturber gravement. La violence conjugale doit par conséquent revêtir une certaine intensité (ATF 138 II 393 consid. 3.1 p. 395). La notion de violence conjugale inclut également la violence psychologique. A l'instar de violences physiques, seuls des actes de violence psychique d'une intensité particulière peuvent justifier l'application de l'art. 50 al. 1 let. b LEI (ATF 138 II 229 consid. 3.2 p. 232; TF 2C_1085/2017 du 22 mai 2018 consid. 3.1 et les références). Une attaque verbale à l'occasion d'une dispute, de même qu'une simple gifle ou le fait pour un époux étranger d'avoir été enfermé une fois dehors par son épouse ne suffisent pas (cf. ATF 138 II 229 consid. 3.2.1 p. 233 et les références; TF 2C_12/2018 du 28 novembre 2018 consid. 3.1 et les références). En revanche, le Tribunal fédéral a considéré qu'un acte de violence isolé, mais particulièrement grave, pouvait à lui seul conduire à admettre l'existence de raisons personnelles majeures au sens de l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI (cf. TF 2C_1030/2018 du 8 février 2019 consid. 4.1; 2C_12/2018 précité, consid. 3.1 et les références).

dd) Se référant à un rapport du Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes relatif à la violence domestique, le Tribunal fédéral a souligné que les formes de violence domestique et de contrôle subies dans le cadre des relations intimes n'étaient pas faciles à classer dans des catégories déterminées, raison pour laquelle les investigations devaient prendre en compte les actes commis, l'expérience de violence vécue par la victime ainsi que la mise en danger de sa personnalité et les répercussions sur celle-ci (santé, restrictions dans sa vie quotidienne). La jurisprudence a considéré que c'était en ce sens qu'il fallait comprendre la notion de violence conjugale d'une certaine intensité ("effets et retombées") au sens de l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI (TF 2C_361/2018 du 21 janvier 2019 consid. 4.2). A cet égard, la jurisprudence a précisé que la simple existence de prises de contact avec des institutions spécialisées ne suffit pas en tant qu'elle ne restitue pas le contenu de l'entretien professionnel, ni les conclusions de cet entretien à propos de l'intensité des violences conjugales sur la victime (cf. TF 2C_649/2015 du 1er avril 2016 consid. 4.2 et les références).

ee) Par ailleurs, la personne étrangère qui se prétend victime de violences conjugales sous l'angle de l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI est soumise à un devoir de coopération accru (cf. art. 90 LEI, dont la teneur n'a pas été modifiée dans le cadre de la novelle du 16 décembre 2016; ATF 138 II 229 consid. 3.2.3 p. 235; TF 2C_777/2015 du 26 mai 2016 consid. 3.2, non publié aux ATF 142 I 152). Elle doit rendre vraisemblable, par des moyens appropriés (rapports médicaux ou expertises psychiatriques, rapports de police, rapports/avis de services spécialisés tels que foyers pour femmes, centres d'aide aux victimes ou autres, témoignages crédibles de proches ou de voisins, etc.), la violence conjugale, respectivement l'oppression domestique alléguée (cf. TF 2C_68/2017 du 29 novembre 2017 consid. 5.4.1). Lorsque des contraintes psychiques sont invoquées, il incombe à la personne d'illustrer de façon concrète et objective, ainsi que d'établir par preuves, le caractère systématique de la maltraitance, respectivement sa durée, ainsi que les pressions subjectives qui en résultent. Des affirmations d'ordre général ou des indices faisant état de tensions ponctuelles sont insuffisants (ATF 138 II 229 consid. 3.2.3 p. 235; TF 2C_361/2018 précité, consid. 4.3 et les références).   

b) En l'espèce, le recourant soutient avoir été victime, sur une période prolongée, de violences conjugales (essentiellement psychologiques) de la part de son ex-épouse. Il fait état d'insultes, de menaces, de dénigrement, de chantage, de jalousie et de dépenses excessives de l'argent du ménage dans le but d'acquérir de la cocaïne. Le couple aurait en outre connu des épisodes de violence physique réciproque, que le recourant attribue à la consommation par son ex-épouse d'alcool et de produits stupéfiants. A l'appui de ses allégations, il a produit deux rapports de police (datés des 1er février 2016 et 15 décembre 2017), un rapport médical émanant du Centre des Alpes de psychiatrie et psychothérapie, ainsi qu'une attestation du Centre LAVI.

A l'examen du dossier, on constate que les rapports de police au dossier font état de disputes ponctuelles - certes récurrentes (dans un contexte d'addiction à l'alcool et à la drogue) -, impliquant des actes de violence physique et verbale réciproque de la part des époux. En outre, aux termes de ces rapports, le recourant a fait l'objet, à l'issue de deux des trois interventions policières en cause, d'une expulsion du logement conjugal pour une durée de quatorze jours. On observe par ailleurs que le recourant passe sous silence le rapport de police du 22 juillet 2016, dont il ressort que B.________ a été retrouvée par les agents de police dans le logement du couple, en pleurs et terrifiée, à la suite de l'une de leurs disputes. Aux termes dudit rapport, elle portait des marques de violences physiques (traces de strangulation au niveau du cou, hématomes sur les bras et la poitrine). Il ressort encore du rapport en cause que le recourant a reconnu avoir poussée son ex-épouse et endommagé la porte, tout en déclarant ne pas avoir d'autres souvenirs de la dispute.

On constate ensuite que, lors de leurs auditions par le SPOP, les époux ont tous deux déclarés avoir été victimes de violences conjugales. Ils ont également déclaré, de manière concordante, que l'épouse avait pris l'initiative de requérir des mesures protectrices de l'union conjugale et qu'elle avait, la première, émis le souhait de divorcer. A cet égard, à la date de son audition par le SPOP (soit le 19 juillet 2018), alors que le couple était déjà séparé, le recourant a indiqué que, pour sa part, il souhaitait "avoir une discussion et des explications avant de prendre [sa] décision. Savoir pourquoi elle a pris cette décision".

Quant à l'attestation établie le 24 janvier 2019 par le Centre LAVI, elle reconnaît la qualité de victime au recourant, en lien avec les infractions de voies de fait et d'injures, qu'il aurait subies à plusieurs reprises dans un contexte de violences conjugales, dès le début du mariage (octobre 2015) jusqu'au mois de décembre 2018. Il convient toutefois de relever que, quand bien même l'attestation en cause émane d'une institution spécialisée, elle ne contient que des affirmations d'ordre général, à l'exclusion de tout élément spécifique et concret relatif aux violences conjugales dont le recourant aurait été victime. A cela s'ajoute que ce document est, a priori, fondé sur les seules déclarations du recourant. Enfin, on observe que la consultation auprès du Centre LAVI est postérieure au préavis négatif du SPOP, daté du 1er novembre 2018. Dans ces circonstances, l'attestation en cause ne permet pas, à elle seule, de rendre vraisemblable l'existence de violences conjugales à l'encontre du recourant.

Pour ce qui est du rapport médical du 9 juillet 2019, il atteste du fait que le recourant souffre d'un trouble dépressif récurrent à la suite de problèmes de santé et de conflits conjugaux avec son ex-épouse. Ledit rapport ne fait toutefois pas état de violences conjugales, physiques ou psychologiques, à l'encontre du recourant. A l'instar de l'attestation LAVI, ce document ne permet donc pas, à lui seul, de corroborer les allégations du recourant relatives aux violences qu'il aurait subies.

Au vu des explications qu'il a données dans le cadre de la procédure, le tribunal ne saurait toutefois banaliser les altercations physiques et verbales en cause, ni minimiser l'impact sur la vie de couple de la dépendance de l'ex-épouse à l'alcool et la drogue. Cela dit, il convient de relever que les allégations du recourant restent très générales. D'ailleurs, les éléments au dossier tendent plutôt à démontrer l'existence de violences physiques et psychiques réciproques. En tout état, le recourant n'a pas rendu vraisemblable l'existence de violences d'une certaine intensité, au sens de la jurisprudence précitée, exercée envers lui de manière unilatérale par son ex-épouse et empêchant la poursuite de la relation. Du reste, comme on l'a vu ci-avant, alors que B.________ avait déjà manifesté sa volonté de divorcer et refait sa vie amoureuse, le recourant émettait encore, pour sa part, des réserves quant à sa propre décision de divorcer. Ce dernier élément laisse à penser que la poursuite de la relation ne lui apparaissait pas, à cette époque à tout le moins, insupportable.  

Certes, le Tribunal fédéral a considéré qu'il fallait admettre l'existence de violences psychiques même non documentées lorsque la preuve pouvait être apportée au moyen d'un faisceau d'indices convergents (cf. ATF 142 I 152 consid. 6.2 p. 153). En l'espèce toutefois, le récit du recourant, la chronologie des événements et les pièces produites (y compris les documents d'information générale relatifs à l'abus de substances et aux spécificités des hommes victimes de violence) ne sont pas de nature à convaincre le tribunal de l'existence de violences conjugales systématiques et graves pendant la vie commune, revêtant l'intensité suffisante pour ouvrir le droit à une autorisation de séjour découlant de l'art. 50 al. 1 let. b LEI.

5.                      Le recourant fait également valoir que sa réintégration sociale dans son pays d'origine serait fortement compromise, au sens de l'art. 50 al. 1 let. b et al. 2 LEI. Sa situation serait en outre constitutive d'un cas de rigueur au sens de l'art. 30 LEI.

a) A cet égard, le recourant invoque en particulier son état de santé physique et psychique. En particulier, il expose qu'au vu de la situation financière peu favorable qui l'attendrait en Tunisie, il n'aurait pas accès, dans ce pays, à des contrôles médicaux réguliers permettant de dépister un éventuel cancer, ni au traitement requis. Concernant sa santé psychique, il fait état du coût des soins et du fait qu'il serait mal vu d'y recourir.

b) En ce qui concerne la réintégration sociale dans le pays de provenance, les art. 50 al. 2 LEI et 77 al. 2 OASA exigent qu'elle soit fortement compromise. La question n'est pas de savoir s'il est plus facile pour la personne concernée de vivre en Suisse, mais uniquement d'examiner si, en cas de retour dans le pays d'origine, les conditions de sa réintégration sociale, au regard de sa situation personnelle, professionnelle et familiale, seraient gravement compromises (cf. notamment ATF 139 II 393 consid. 6 p. 403). La situation visée par l'art. 50 al. 1 let. b LEI s’apparente en quelque sorte au cas de rigueur selon l’art. 30 al. 1 let. b LEI (PE.2018.0120 du 25 juin 2018 consid. 6a), dont la teneur n'a pas été modifiée dans le cadre de la novelle du 16 décembre 2016. Au demeurant, l’art. 31 OASA se rapporte autant à cette dernière disposition qu’à l’art. 50 al. 1 let. b LEI; dans sa teneur en vigueur jusqu'au 31 décembre 2018, l'art. 31 al. 1 OASA prévoit qu'il convient de tenir compte notamment de l'intégration (let. a), du respect de l'ordre juridique suisse (let. b), de la situation familiale, particulièrement de la période de scolarisation et de la durée de la scolarité des enfants (let. c), de la situation financière, ainsi que de la volonté de prendre part à la vie économique et d'acquérir une formation (let. d), de la durée de la présence en Suisse (let. e), de l'état de santé (let. f), ainsi que des possibilités de réintégration dans l'Etat de provenance (let. g).

Les conditions mises à la reconnaissance d'un cas de rigueur doivent être appréciées restrictivement. Il est nécessaire que l'étranger concerné se trouve dans une situation de détresse personnelle. Cela signifie que ses conditions de vie et d'existence, comparées à celles applicables à la moyenne des étrangers, doivent être mises en cause de manière accrue, c'est-à-dire que le refus de soustraire l'intéressé aux restrictions des nombres maximums comporte, pour lui, de graves conséquences. Lors de l'appréciation d'un cas personnel d'extrême gravité, il y a lieu de tenir compte de l'ensemble des circonstances du cas particulier. La reconnaissance d'un cas personnel d'extrême gravité n'implique pas forcément que la présence de l'étranger en Suisse constitue l'unique moyen pour échapper à une situation de détresse. Par ailleurs, le fait que l'étranger ait séjourné en Suisse pendant une assez longue période, qu'il s'y soit bien intégré socialement et professionnellement et que son comportement n'ait pas fait l'objet de plaintes ne suffit pas, à lui seul, à constituer un cas d'extrême gravité; il faut encore que la relation du requérant avec la Suisse soit si étroite qu'on ne saurait exiger qu'il aille vivre dans un autre pays, notamment dans son pays d'origine. A cet égard, les relations de travail, d'amitié ou de voisinage que le requérant a pu nouer pendant son séjour ne constituent normalement pas des liens si étroits avec la Suisse qu'ils justifieraient une exemption des mesures de limitation du nombre des étrangers (ATF 130 II 39 consid. 3 p. 41 et les références citées).

Parmi les éléments déterminants pour la reconnaissance d'un cas de rigueur, il convient de mentionner, en particulier, la très longue durée du séjour en Suisse, une intégration sociale particulièrement poussée, une réussite professionnelle remarquable, une maladie grave ne pouvant être soignée qu'en Suisse, la situation des enfants, notamment une bonne intégration scolaire aboutissant après plusieurs années à une fin d'études couronnée de succès; constituent en revanche des facteurs allant dans un sens opposé le fait que la personne concernée n'arrive pas à subsister de manière indépendante et doive recourir à l'aide sociale, ou encore des liens conservés avec le pays d'origine (par exemple sur le plan familial) susceptibles de faciliter sa réintégration (cf. arrêt PE.2018.0316 du 14 mai 2019 et les références citées).

c) En l'espèce, le recourant, arrivé en Suisse en 2012, peut se prévaloir d'un séjour en Suisse d'une durée d'un peu plus de sept ans, ce qui n'est pas négligeable. Néanmoins, son intégration socio-professionnelle ne saurait être qualifiée de particulièrement réussie. Il ressort en effet de ses propres déclarations qu'il a bénéficié de l'aide sociale à une période donnée (non précisée dans le dossier), qu'à la date de son audition par le SPOP, il cumulait plusieurs activités professionnelles, et qu'à la suite du non-renouvellement de son autorisation de séjour par le SPOP, il a cessé de percevoir des revenus fixes. A cela s'ajoute que l'extrait du registre des poursuites le concernant indique qu'il fait l'objet de deux actes de défaut de biens et de différentes poursuites. Par ailleurs, quand bien même il n'a pas été condamné pénalement (selon les informations au dossier), il n'en demeure pas moins que lui-même et son ex-épouse ont occupé la police et les autorités de poursuites pénales à plusieurs reprises en lien avec leurs difficultés conjugales. Désormais divorcé, le recourant ne peut du reste se prévaloir d'attaches familiales en Suisse.

En outre, le retour du recourant en Tunisie ne devrait pas poser de difficultés insurmontables. Arrivé en Suisse à l'âge de 24 ans, il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, où l'on peut présumer qu'il a conservé des attaches socio-culturelles et familiales. Contrairement à ce qu'il soutient, on ne saurait retenir que son état de santé (physique et psychique) constitue un obstacle à son retour. Il ressort en effet du rapport médical du 17 janvier 2019 que le recourant, qui a souffert d'un lymphome diagnostiqué au mois de juillet 2014, n'est plus sous traitement pour cette maladie depuis le mois de février 2015. A cela s'ajoute que ledit rapport n'indique pas que les contrôles médicaux périodiques auxquels le recourant est soumis jusqu'au mois de février 2020 ne pourraient être réalisés dans son pays d'origine. Cette échéance pourrait néanmoins être prise en considération par l'autorité intimée dans la fixation d'un nouveau délai de départ.  Sous l'angle de sa santé psychique, le recourant n'établit pas que la thérapie suivie et le traitement médicamenteux prescrit ne seraient pas disponibles et accessibles pour lui en Tunisie, eu égard à la situation financière qui sera la sienne. En définitive, il convient de relever que le recourant ne fera que retrouver les conditions de vie qui sont usuelles dans son pays d'origine.

Dans ces circonstances, il y a lieu de retenir que la situation du recourant n'est pas constitutive d'un cas de rigueur au sens des art. 50 al. 1 let. b et 30 LEI. Partant, la poursuite de son séjour en Suisse ne se justifie pas pour ce motif.

6.                      Le recourant invoque en outre l'art. 8 de la Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH; RS 0.101), sous l'angle du respect de la vie privée. Il prétend être parfaitement intégré en Suisse, où il aurait vécu sa vie de jeune adulte et où se trouverait désormais son centre de vie sociale et culturelle.

a) L'art. 8 par. 1 CEDH garantit à toute personne le droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Selon l'art. 8 par. 2 CEDH, il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui.

Il est admis, de jurisprudence constante, que l'art. 8 par. 1 CEDH ne confère pas un droit inconditionnel à une autorisation de séjour (ATF 140 I 145 consid. 3.1 p. 146).  En particulier, sous l'angle étroit de la protection de la vie privée, l'art. 8 CEDH n'ouvre le droit à une telle autorisation qu'à des conditions restrictives. L'étranger doit en effet établir l'existence de liens sociaux et professionnels spécialement intenses avec la Suisse, notablement supérieurs à ceux qui résultent d'une intégration ordinaire (ATF 144 I 266 consid. 3.4 p. 273; TF 2C_960/2017 du 22 décembre 2017 consid. 6.1 et les arrêts cités). La reconnaissance d'un droit à une autorisation de séjour par ce biais revêt ainsi un caractère exceptionnel (TF 2C_551/2017 du 24 juillet 2017 consid. 2.2 et 2C_947/2016 du 17 mars 2017 consid. 3.3).

b) Dans le cas d'espèce, comme on l'a vu (cf. consid. 5), le recourant ne peut se prévaloir d'une intégration particulièrement réussie, se traduisant par des liens sociaux et professionnels spécialement intenses avec le Suisse. Partant, la disposition invoquée ne lui est d'aucun secours.

7.                      A titre subsidiaire, le recourant conclut à ce qu'il soit mis au bénéfice d'une admission provisoire, son renvoi étant, à son sens, inexigible, voire illicite, au sens des art. 83 al. 1, al. 3 et al. 4 LEI.

a) L'art. 83 LEI (dans sa teneur en vigueur au 31 décembre 2018) prévoit que le Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) décide d'admettre provisoirement l'étranger si l'exécution du renvoi ou de l'expulsion n'est pas possible, n'est pas licite ou ne peut pas être raisonnablement exigée (al. 1). L'exécution n'est pas licite lorsque le renvoi de l'étranger dans son Etat d'origine, dans son Etat de provenance ou dans un Etat tiers est contraire aux engagements de la Suisse relevant du droit international (al. 3). L’exécution de la décision peut ne pas être raisonnablement exigée si le renvoi ou l’expulsion de l’étranger dans son pays d’origine ou de provenance le met concrètement en danger, par exemple en cas de guerre, de guerre civile, de violence généralisée ou de nécessité médicale (al. 4). L'admission provisoire peut être proposée par les autorités cantonales (al. 6).

b) En l'espèce, pour les motifs énoncés ci-avant (cf. consid. 5 in fine), le renvoi du recourant n'apparaît ni impossible, ni illicite, ni raisonnablement inexigible sous l'angle de l'art. 83 LEI. Par conséquent, il n'y a pas lieu de transmettre son dossier au SEM en vue d'une éventuelle admission provisoire.

8.                      Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée. L'autorité intimée impartira un nouveau délai de départ au recourant, lequel lui permettra de se présenter aux contrôles médicaux prévus jusqu'au mois de février 2020. Eu égard à la situation matérielle du recourant, les frais seront laissés à la charge de l'Etat. Il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 50 et 55 LPA-VD).


Par ces motifs
 la Cour de droit administratif et public
du Tribunal cantonal
arrête:

 

I.                       Le recours est rejeté.

II.                      La décision du Service de la population du 10 mai 2019 est confirmée.

III.                    Les frais sont laissés à la charge de l'Etat.

IV.                    Il n'est pas alloué de dépens.

 

Lausanne, le 29 janvier 2020

 

Le président:                                                                                             La greffière:


                                                                                                                 

 

 

 

 

 

Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint ainsi qu'au SEM.

Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000 Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.