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TRIBUNAL CANTONAL COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC |
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Arrêt du 5 février 2025 |
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Composition |
M. André Jomini, président; M. Alex Dépraz et M. Raphaël Gani, juges; Mme Marlène Antonioli, greffière. |
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Recourant |
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A.________, représenté par Me Jacy PILLONEL, avocate à Fribourg, |
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Autorité intimée |
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Service de la population (SPOP), à Lausanne. |
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Objet |
Recours A._______ c/ décision sur opposition du Service de la population (SPOP) du 10 octobre 2024 révoquant son autorisation de séjour et prononçant son renvoi de Suisse. |
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Vu les faits suivants:
A. A._______, ressortissant brésilien né en 1970, est arrivé en Suisse le 1er novembre 2010 en provenance du Portugal, avec sa fille B._______ (ressortissante portugaise, née en 2007), pour y rejoindre sa compagne et mère de sa fille. Il a annoncé son arrivée dans la commune de ******** en remplissant un formulaire d'annonce d'arrivée pour ressortissant de l'Union européenne et en y indiquant être de nationalité portugaise, mais être né à ******** au Brésil, et être venu en Suisse pour y travailler. Il s'est légitimé en produisant une carte d'identité ("cartão de cidadão/citizen card") émise par le Portugal valable jusqu'au 15 mars 2015 (carte no ********), au dos de laquelle il est indiqué qu'il est citoyen brésilien au bénéfice du Traité de Porto Seguro ("cidadão brasileiro ao abrigado do tratado de Porto Seguro/Brazilian citizen under Porto Seguro agreement"). Dans le formulaire d'annonce d'arrivée, sous la rubrique "remarques complémentaires", figure la remarque suivante: "(en suspens question de la nationalité) - Double (Portugal et Brésil)". A._______ a été mis au bénéfice d'une autorisation de séjour CE/AELE pour activité lucrative valable jusqu'au 31 octobre 2015. Son autorisation de séjour a ensuite été renouvelée jusqu'au 31 octobre 2020, sur la base notamment de la carte d'identité portugaise no ******** valable jusqu'au 15 mars 2015 présentée par A._______ lors de la demande de renouvellement de son autorisation de séjour le 23 septembre 2015.
Le 6 novembre 2020, le Service de la population (ci-après: le SPOP) a prolongé l'autorisation de séjour de A._______ pour une année seulement, au motif que l'intéressé n'exerçait plus d'activité lucrative et qu'il bénéficiait des prestations de l'assurance-chômage depuis le 1er septembre 2019.
B. Le 13 septembre 2021, A._______ a demandé le renouvellement de son autorisation de séjour en indiquant qu'il était de nationalité portugaise et, sous la rubrique "duré de validité du passeport ou de la carte d'identité", que ce document était "en cours de renouvellement"; il a transmis une copie de sa carte d'identité portugaise valable jusqu'au 15 mars 2015. Il a également indiqué qu'il était séparé de sa compagne depuis 2012. Il a produit un contrat de travail conclu avec C._______ l'engageant à temps complet pour une durée déterminée du 1er octobre 2021 au 28 février 2022 comme opérateur de production.
Son autorisation de séjour a été renouvelée jusqu'au 31 octobre 2026.
C. Le 15 février 2022, le SPOP a relevé que A._______ avait toujours présenté une carte d'identité portugaise en lieu et place de son passeport brésilien et qu'il avait dès lors été considéré à tort comme ressortissant d'un pays membre de l'Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Le SPOP a demandé à l'intéressé de lui indiquer s'il avait acquis la nationalité portugaise depuis son arrivée en Suisse et, dans le cas contraire, de lui transmettre divers documents attestant notamment des liens entretenus avec sa fille.
Le 13 avril 2022, A._______, représenté par son avocate, a indiqué qu'il était de nationalité brésilienne et qu'il n'avait jamais obtenu la nationalité portugaise, même s'il avait vécu de nombreuses années dans ce pays. Il a ajouté qu'il était bien intégré en Suisse et qu'il espérait pouvoir retrouver du travail. S'agissant de sa fille B._______, il a produit une copie du dispositif du jugement rendu par le tribunal civil de l'arrondissement de la Broye et du Nord vaudois le 9 juillet 2021 dans la cause en constatation de filiation et en fixation d'aliments l'opposant à sa fille, qui prévoit que l'autorité parentale sur cette enfant sera exercée conjointement par ses parents, confie la garde de l'enfant à sa mère, dit qu'aucun droit de visite n'est accordé à son père, institue une curatelle de surveillance des relations personnelles au sens de l'art. 308 al. 2 CC, dit que la mission du curateur consistera à organiser la reprise progressive du droit de visite du père sur sa fille et astreint la père à contribuer à l'entretien de son enfant par le versement d'une pension mensuelle de 920 francs. A._______ a précisé qu'il n'avait pas les moyens financiers pour s'acquitter de la contribution d'entretien due pour sa fille et qu'il ne la voyait plus, mais qu'il espérait pouvoir la voir à nouveau régulièrement. Il a également produit un extrait du registre des poursuites du 13 avril 2022, qui fait état de poursuites pour un montant de 38'630 francs.
Le 20 mai 2022, le SPOP a demandé des renseignements complémentaires à A._______. Celui-ci a demandé plusieurs prolongations de délai en invoquant le fait qu'il n'avait pas réussi à réunir les informations demandées en raison d'un changement dans sa situation professionnelle.
D. Dans une lettre à l'avocate du 6 avril 2023, le SPOP a relevé que A._______ était de nationalité brésilienne et non pas portugaise, qu'il avait bénéficié de prestations de l'aide sociale d'avril 2012 à avril 2017 pour un montant total de 70'498 francs, qu'il faisait l'objet de poursuites pour un montant de 38'630 francs, qu'il ne payait pas la pension alimentaire due pour sa fille, qu'il ne disposait pas d'un droit de visite, et qu'il n'était plus domicilié officiellement dans le canton de Vaud depuis septembre 2022. Le SPOP a considéré, au vu de ces éléments, que A._______ n'était pas particulièrement intégré, qu'il avait fait de fausses déclarations et qu'il ne participait pas à l'entretien ni à l'éducation de son enfant. Il l'a informé du fait qu'il avait l'intention de révoquer son autorisation de séjour et de prononcer son renvoi de Suisse.
Le 28 août 2023, A._______ a indiqué qu'il effectuait différents petits travaux rémunérés, comme chauffeur de taxi, aide chez des particuliers ou dans une boulangerie, mais qu'il devrait recevoir prochainement une offre pour un emploi fixe, qui lui permettrait de réaliser un revenu régulier.
Dans ses déterminations du 4 octobre 2023, A._______ a fait valoir que malgré le fait qu'il n'avait pas encore pu signer un contrat de travail à durée indéterminée, il réalisait des petits travaux, qui lui permettaient d'être financièrement indépendant. Il a ajouté qu'il aurait voulu maintenir un lien avec sa fille sur laquelle il exerce une autorité parentale conjointe, mais qu'il avait appris qu'elle avait déménagé au Portugal, sans son accord et sans sa mère, qui était restée en Suisse. Il a précisé qu'il effectuait des démarches en vue de savoir avec qui sa fille vivait au Portugal. Il a transmis une copie de l'attestation de départ émise par la commune ******** le 31 août 2023, selon laquelle sa fille B._______ est partie le 14 juillet 2023 pour le Portugal.
Le 19 octobre 2023, A._______ a ajouté qu'il avait été engagé en qualité de chauffeur à un taux de 50% pour un salaire mensuel brut d'environ 1'959 francs et qu'il était très bien intégré en Suisse.
E. Par décision du 11 janvier 2024, le SPOP a révoqué l'autorisation de séjour de A._______ et a prononcé son renvoi de Suisse, au motif que l'intéressé avait obtenu une autorisation de séjour pour activité lucrative UE/AELE en affirmant faussement être de nationalité portugaise. Le SPOP a également retenu que A._______ ne disposait pas d'un droit de garde sur sa fille, qu'il ne prétendait pas exercer un droit de visite et qu'il ne s'acquittait pas du paiement de la pension alimentaire. Le SPOP a ajouté que l'intéressé ne remplissait pas non plus les conditions pour se voir octroyer une autorisation de séjour pour cas d'extrême gravité. Il lui a imparti un délai au 12 février 2024 pour quitter la Suisse.
Le 12 février 2024, A._______ a déposé une opposition contre cette décision, en faisant valoir qu'il n'avait jamais indiqué être de nationalité portugaise et qu'il ne saurait se voir reprocher le fait que les autorités chargées de procéder à son inscription, respectivement de lui octroyer une autorisation de séjour, n'aient pas lu attentivement son dossier, notamment sa carte d'identité, laquelle indique clairement qu'il est de nationalité brésilienne. Il a ajouté qu'il était financièrement indépendant et qu'il avait trois filles de nationalité portugaise, qui vivaient dans leur pays d'origine, et avec lesquelles il devait pouvoir entretenir des contacts, la dernière (B._______) étant encore mineure.
Invité par le SPOP à donner des explications sur le lieu où il avait séjourné entre le 16 septembre 2022 (annonce de son départ d'une commune de ********) et le 7 juin 2024 (annonce de son arrivée à ********), il a exposé qu'avant de s'installer à ********, il était domicilié à ********, où vivait également sa fille qu'il voyait régulièrement, mais que celle-ci ayant ensuite déménagé au Portugal (sans son accord), il avait décidé de déménager à ******** afin d'augmenter ses chances de trouver un emploi.
F. Par décision sur opposition du 10 octobre 2024, le SPOP a confirmé sa décision du 11 janvier 2024. Il a imparti à A._______ un nouveau délai de départ au 11 novembre 2024. Le SPOP a relevé que A._______ avait indiqué être de nationalité portugaise dans le formulaire d'annonce d'arrivée en novembre 2010, puis dans le formulaire de renouvellement de son autorisation de séjour le 23 septembre 2015, et que ses déclarations trompeuses lui avaient permis de se voir octroyer, respectivement renouveler, une autorisation de séjour UE/AELE, de sorte qu'il remplissait les conditions prévues par l'art. 62 al. 1 let. a de la loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers et l'intégration (LEI; RS 142.20) pour la révocation de son autorisation de séjour. Procédant à la pesée des intérêts prévue par les art. 96 LEI et 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 (CEDH ; RS 0.101), le SPOP a retenu que l'intéressé séjournait certes en Suisse depuis 14 ans, qu'il était financièrement indépendant et qu'il respectait l'ordre public, mais que son séjour était fondé sur des faits erronés, puisque, si le SPOP avait su qu'il était brésilien et non portugais, il ne lui aurait pas octroyé un permis de séjour UE/AELE. Il a ajouté que A._______ n'avait pas d'attaches sociales particulières avec la Suisse ni fait preuve d'une intégration professionnelle particulièrement réussie, et qu'entre 2012 et 2017, il avait émargé à l'aide sociale pour un montant de 70'498 francs. Par ailleurs, durant plus de deux ans, il ne s'était inscrit auprès d'aucun contrôle des habitants et il n'avait pas pu produire de document attestant de sa présence en Suisse. Le SPOP a considéré que la réintégration de l'intéressé dans son pays d'origine ne serait pas impossible et que le fait qu'il entretienne des relations avec ses filles vivant au Portugal, ce qui n'avait par ailleurs pas été démontré, ne justifiait pas qu'il doive rester en Suisse, l'intéressé étant libre de s'établir au Portugal.
G. Le 15 novembre 2024, A._______ a recouru contre cette décision devant la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal. Il conclut principalement à l'annulation de la décision attaquée et à ce qu'une autorisation de séjour lui soit octroyée, et subsidiairement à l'annulation de la décision attaquée, la cause étant renvoyée au SPOP pour nouvelle décision. Il produit une copie du contrat de travail l'engageant comme livreur du 23 septembre 2024 au 22 décembre 2024 pour un salaire horaire brut de 23 francs.
Dans sa réponse du 28 novembre 2024, le SPOP conclut au rejet du recours, en relevant que les arguments invoqués par le recourant ne sont pas de nature à modifier la décision attaquée.
H. Par décision du 18 décembre 2024, le juge instructeur a mis le recourant au bénéfice de l'assistance judiciaire en lui désignant Me Jacy Pillonel comme avocate d'office.
Considérant en droit:
1. La décision attaquée est une décision sur opposition rendue en application de l'art. 34a de la loi du 18 décembre 2007 d'application dans le Canton de Vaud de la loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LVLEI; BLV 142.11) confirmant la décision révoquant l'autorisation de séjour du recourant. Cette décision n'est pas susceptible de recours auprès d'une autre autorité si bien que le recours au Tribunal cantonal est ouvert (art. 92 de la loi du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative [LPA-VD; BLV 173.36]). Déposé dans le délai légal, le recours satisfait pour le surplus aux exigences formelles prévues par la loi (art. 95, ainsi que 79 applicable par renvoi de l'art. 99 LPA-VD). En vertu de l'art. 75 let. a LPA-VD, la qualité pour recourir doit être reconnue au recourant qui est directement touché par la décision attaquée. Il y a donc lieu d'entrer en matière sur le recours.
2. Le recourant conteste avoir menti aux autorités, que ce soit lorsqu'il a rempli son formulaire d'annonce d'arrivée en Suisse ou les demandes de renouvellement de son autorisation de séjour. Il relève qu'à son arrivée en Suisse, il ne parlait que très peu le français et il a remis aux autorités son passeport brésilien, ainsi que sa carte d'identité portugaise, sur laquelle il est indiqué qu'il est de nationalité brésilienne. Il ajoute qu'il n'avait aucune raison de faire de fausses déclarations, puisqu'il est venu en Suisse pour y vivre avec sa compagne et leur fille, toutes deux de nationalité portugaise, et il aurait ainsi eu le droit, selon lui, à une autorisation de séjour pour regroupement familial.
a) Les ressortissants étrangers ne bénéficient en principe d'aucun droit à l'obtention d'une autorisation de séjour et de travail, sauf s'ils peuvent le déduire d'une norme particulière du droit fédéral ou d'un traité international.
L'Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP; RS 0.142.112.681) confère en principe aux ressortissants des Etats contractants le droit de séjourner et d'accéder à la vie économique sur le territoire suisse conformément aux dispositions de l'annexe I ALCP (cf. art. 1 let. a et 4 ALCP; cf. ATF 136 II 177 consid. 1.1), ainsi que, à certaines conditions, d'y demeurer après la fin de leur activité économique (cf. art. 4 annexe I ALCP). Selon l'art. 3 par. 1 annexe I ALCP, les membres de la famille d'une personne ressortissante d'une partie contractante ayant un droit de séjour ont le droit de s'installer avec elle. Sont notamment considérés comme membres de la famille, son conjoint et leurs descendants de moins de 21 ans ou à charge, ainsi que ses ascendants et ceux de son conjoint qui sont à sa charge (art. 3 par. 2 let. a et b annexe I ALCP; s'agissant du regroupement familial inversé, voir Directives du SEM, "II. Accord sur la libre circulation des personnes", Directives OLCP, état au 1er janvier 2025, ch. 7.5.2.2). L'art. 23 al. 1 de l'ordonnance du 22 mai 2002 sur l'introduction de la libre circulation des personnes (OLCP; RS 142.203) prévoit quant à lui que les autorisations de séjour de courte durée, de séjour et frontalières UE/AELE peuvent être révoquées ou ne pas être prolongées, si les conditions requises pour leur délivrance ne sont plus remplies.
b) Aux termes de l'art. 13 al. 1, 1ère phrase, LEI, tout étranger doit produire une pièce de légitimation valable lorsqu'il déclare son arrivée. Par ailleurs, l'art. 90 LEI dispose ce qui suit:
"L'étranger et les tiers participant à une procédure prévue par la présente loi doivent collaborer à la constatation des faits déterminants pour son application. Ils doivent en particulier:
a. fournir des indications exactes et complètes sur les éléments déterminants pour la réglementation du séjour;
b. fournir sans retard les moyens de preuves nécessaires ou s'efforcer de se les procurer dans un délai raisonnable;
c. se procurer une pièce de légitimation (art. 89) ou collaborer avec les autorités pour en obtenir une."
L'art. 62 al. 1 let. a LEI prévoit quant à lui que l'autorité compétente peut révoquer une autorisation, à l'exception de l'autorisation d'établissement, si l'étranger ou son représentant légal a fait de fausses déclarations ou a dissimulé des faits essentiels durant la procédure d'autorisation.
Selon la jurisprudence, l'étranger est tenu d'informer l'autorité de manière complète et conforme à la vérité sur tous les faits déterminants pour l'octroi de l'autorisation. Sont importants non seulement les faits sur lesquels l'autorité a expressément demandé des précisions, mais également ceux dont le recourant devait savoir qu'ils étaient déterminants pour l'octroi du permis. Le silence ou l’information erronée doit avoir été utilisé de manière intentionnelle, à savoir dans l’optique d’obtenir une autorisation de séjour ou d’établissement. La tromperie n’a pas à être causale, en ce sens qu’il n’est pas nécessaire qu’elle ait joué un rôle décisif dans l’octroi de l’autorisation (ATF 142 II 265 consid. 3.1; TF 2C_1011/2016 du 21 mars 2017 consid. 4.3). En outre, il importe peu que l'autorité eût pu découvrir de tels faits par elle-même si elle avait fait preuve de la diligence nécessaire à cette fin (TF 2C_420/2018 du 17 mai 2018 consid. 6.1 et les réf. cit.).
La présentation d'une pièce de légitimation non valable, en violation de l'art. 13 al. 1 LEI, afin de se faire passer indûment pour un ressortissant d'un Etat partie à l'ALCP et d'obtenir le bénéfice d'une autorisation de séjour fondée sur cet accord, constitue un exemple de fausse déclaration portant sur un fait essentiel et justifiant, sur le principe, la révocation de l'autorisation octroyée (TF 2C_338/2019 du 28 novembre 2019 consid. 5.1; 2C_732/2018 du 6 décembre 2018 consid. 3.1).
c) En l'occurrence, le recourant a obtenu son autorisation de séjour en indiquant qu'il était de nationalité portugaise, soit en faisant une fausse déclaration. Il relève cependant qu'il n'aurait pas eu l'intention de tromper les autorités. Il a présenté pour se légitimer une carte d'identité émise par le Portugal, sur laquelle il est indiqué qu'il est citoyen brésilien. Il s'agit en fait d'un document, dont le format est identique à celui de la "cartão de cidadão" pour les ressortissants du Portugal, qui est délivré, en vertu du Traité de Porto Seguro, aux ressortissants du Brésil (cf. https://www.consilium.europa.eu/prado/fr/PRT-PN-01001/index.html). Dans ce cas, le champ "Nacionalidade" (nationalité) contient le code "BRA" et, au verso, figurent les mentions "cidadão brasileiro ao abrigado do tratado de Porto Seguro/Brazilian citizen under Porto Seguro agreement". Le recourant n'a dès lors pas produit une fausse pièce de légitimation – sa carte d'identité n'étant pas un document falsifié – et il n'est ainsi pas évident de déterminer si le recourant a intentionnellement trompé les autorités au sujet de sa nationalité lorsqu'il est arrivé en Suisse ou si, maîtrisant mal le français, il n'a pas compris la question qui lui était posée. Il a toutefois persisté à déclarer qu'il était de nationalité portugaise, lorsqu'il a demandé le renouvellement de son autorisation de séjour en 2015, puis également en 2021. Or, après avoir vécu cinq ans en Suisse, le recourant maîtrisait suffisamment le français pour comprendre le sens de la question qui lui était posée. Il ne prétend du reste pas dans son recours qu'il aurait eu des difficultés particulières pour apprendre cette langue ni qu'il aurait lui-même faussement cru posséder la nationalité portugaise, en plus de sa nationalité brésilienne. Il a ainsi intentionnellement continué de laisser croire aux autorités qu'il était de nationalité portugaise. Il lui appartenait de remplir correctement les différents formulaires qu'il adressait au SPOP et il ne saurait excuser son mensonge, comme il le fait dans son recours, en se prévalant du fait que le SPOP aurait dû voir qu'il était de nationalité brésilienne en examinant plus attentivement sa carte d'identité portugaise.
Si le recourant est venu en Suisse pour y vivre auprès de sa compagne et de leur fille, toutes deux de nationalité portugaise, le couple - qui s'est séparé en 2012 - n'a jamais été marié. Le recourant n'a par ailleurs pas la garde de sa fille et n'a plus exercé de droit de visite à tout le moins depuis juillet 2021. Selon les déclarations du recourant, sa fille est même partie vivre au Portugal en juillet 2023. Le recourant n'est ainsi à l'évidence pas un "membre de la famille d'une personne ressortissant d'une partie contractante ayant un droit de séjour" en Suisse au sens de l'art. 3 annexe I ALCP fondant un droit à une autorisation de séjour UE/AELE pour regroupement familial. Il avait ainsi, contrairement à ce qu'il prétend, un intérêt à demander une autorisation de séjour en indiquant qu'il était de nationalité portugaise et non pas brésilienne, ce pays n'étant pas membre de l'ALCP.
Son autorisation de séjour peut dès lors être révoquée sur la base de l'art. 62 al. 1 let. a LEI.
3. Il convient d'examiner si la révocation de l'autorisation de séjour du recourant respecte le principe de la proportionnalité et ses droits fondamentaux. Le recourant se prévaut en effet de sa bonne intégration en Suisse, en relevant que, s'il a certes dépendu de l'aide sociale entre 2012 et 2017, il est depuis lors indépendant financièrement.
a) Le principe de la proportionnalité exige une pesée des intérêts entre les intérêts publics et les intérêts privés à pouvoir séjourner en Suisse (art. 96 al. 1 LEI). Dans ce cadre, il faut notamment prendre en considération la durée du séjour en Suisse, l'âge de l'arrivée dans ce pays, les relations sociales, familiales et professionnelles, le niveau d'intégration et les conséquences d'un renvoi pour l'intéressé et sa famille. Quant aux intérêts publics touchés, il s'agit du respect de l'ordre public et la limitation de l’immigration, ainsi que l'intérêt à un certain équilibre entre une population résidente indigène et étrangère, le législateur suisse ayant opté pour une politique migratoire restrictive (ATF 144 I 266 consid. 3.7).
Cette pesée des intérêts s'impose également sous l'angle de l'art. 8 CEDH , qui garantit la protection de la vie privée.
Selon la jurisprudence, après un séjour régulier d'une durée de dix ans, ce qui correspond en droit suisse au délai pour obtenir une autorisation d'établissement ou la naturalisation, il faut en principe présumer que les relations sociales entretenues en Suisse par la personne concernée sont devenues si étroites, que des raisons particulières sont nécessaires pour mettre fin à son séjour dans ce pays. Il y a lieu en effet de partir de l'idée que les liens sociaux qu'elle a développés avec le pays dans lequel elle réside sont suffisamment étroits pour que le refus de prolonger ou la révocation de l'autorisation de rester en Suisse ne soient prononcés que pour des motifs particuliers. En outre, même en cas de séjour en Suisse inférieur à dix ans, lorsque la personne en question peut se prévaloir d'une intégration particulièrement poussée (en sus des relations sociales au sens strict, également la maîtrise de la langue et une intégration professionnelle et économique), le non renouvellement de son autorisation de séjour peut également, selon les circonstances, constituer une violation du droit au respect de sa vie privée consacré par l'art. 8 CEDH (ATF 144 I 266).
S'agissant en particulier de la durée du séjour et de la bonne intégration d'un étranger en Suisse, le Tribunal fédéral considère que leur importance doit en principe être relativisée dès lors que la présence dans le pays a été rendue possible par de fausses déclarations faites aux autorités et, partant, par un comportement contraire à l'ordre public suisse (cf. TF 2C_261/2018 du 7 novembre 2018 consid. 5.2 et 2C_176/2018 du 11 septembre 2018 consid. 5.2). Cependant, le Tribunal fédéral a également souligné, à propos d'une personne résidant dans le pays depuis près de dix ans et jouissant d'une intégration exemplaire, que l'intérêt public à une politique migratoire restrictive ne pouvait pas suffire à lui seul à refuser la continuation du séjour en Suisse (ATF 144 I 266 consid. 4.3).
b) En l'occurrence, l'autorité intimée relève que le recourant vit en Suisse depuis plus de 14 ans, qu'il est indépendant financièrement et qu'il respecte l'ordre public. Elle retient toutefois également que la présence du recourant en Suisse repose sur des faits erronés et qu'il ne peut pas invoquer des attaches sociales ni une intégration professionnelle particulièrement intenses. Elle considère ainsi que la révocation de son autorisation de séjour se justifie. Or, cette appréciation n'est pas critiquable. Même s'il n'est pas établi que le recourant a intentionnellement trompé les autorités en déclarant qu'il était de nationalité portugaise au lieu de brésilienne lors de son arrivée en Suisse, il a toutefois profité de cette situation et persisté à indiquer qu'il était ressortissant portugais lors de ses demandes de renouvellement d'autorisation de séjour successives. S'il avait rempli correctement son formulaire d'arrivée en Suisse, puis ses demandes de renouvellement d'autorisation de séjour, le SPOP aurait examiné sa situation à la lumière d'autres dispositions légales, a priori de l'art. 30 al. 1 let. b LEI (voir Directives du SEM, "I. Domaine des étrangers" [Directives LEI], état au 1er janvier 2025, ch. 5.6.4, s'agissant des conditions d'octroi d'une autorisation de séjour au couple en concubinage avec un enfant) et de l'art. 8 CEDH, sous l'angle de la protection de la vie familiale. La question de savoir s'il aurait pu obtenir une autorisation de séjour pour vivre auprès de sa compagne et de leur fille peut demeurer indécise. Compte tenu de sa séparation avec la mère de sa fille déjà en 2012 et de l'absence du droit de garde sur sa fille et de l'exercice du droit de visite - étant précisé qu'on ignore depuis quand le recourant n'a plus vu sa fille régulièrement -, il n'aurait pas obtenu le renouvellement de son autorisation de séjour. La durée de son séjour doit dès lors être relativisée. Par ailleurs, le recourant n'a, contrairement à ce qu'il allègue, pas fait preuve d'une intégration qui peut être qualifiée de bonne. En effet, arrivé en Suisse en 2010, il a émargé à l'aide sociale de 2012 à 2017, soit pendant cinq ans. S'il n'a plus eu recours à l'aide sociale depuis 2017, il n'a jamais retrouvé un emploi à durée indéterminée, lui permettant de percevoir des revenus réguliers, du moins rien au dossier ne permet de le penser, le recourant n'ayant notamment produit aucune fiche de salaire. Il a également fait l'objet de poursuites pour un montant de 38'630 francs. Il n'a certes pas fait l'objet de condamnations pénales. Il n'a toutefois pas non plus eu un comportement irréprochable, dans la mesure où il ne s'est jamais acquitté du paiement de la pension alimentaire prévue pour sa fille - ce qui, suivant les circonstances, peut constituer une infraction pénale (cf. art. 217 CP) - et où il a vécu pendant presque deux ans en Suisse, du moins le prétend-il, sans s'être inscrit auprès d'une commune. Il n'allègue pas avoir tissé de liens particuliers avec la Suisse ni avoir de la famille qui y vivrait. Selon ses déclarations, ses trois filles, dont B._______, vivent au Portugal. S'agissant de sa réintégration dans son pays d'origine ou au Portugal, où il devrait pouvoir retourner vivre selon l'autorité intimée, le recourant ne prétend pas qu'il rencontrerait des difficultés insurmontables, ni qu'il souffrirait de problèmes de santé particuliers.
L'autorité intimée n'a ainsi pas violé les normes applicables en révoquant l'autorisation de séjour du recourant.
4. Il résulte de ce qui précède que le recours doit être rejeté et la décision attaquée, confirmée. Il appartiendra à l'autorité intimée de fixer un nouveau délai de départ au recourant.
Les frais judiciaires, arrêtés à 600 francs (art. 4 al. 1 du tarif des frais judiciaires et des dépens en matière administrative du 28 avril 2015 [TFJDA; BLV 173.36.5.1]), devraient en principe être supportés par le recourant qui succombe (art. 49 al. 1 LPA-VD). Celui-ci ayant été mis au bénéfice de l'assistance judiciaire, ces frais sont provisoirement laissés à la charge de l'Etat (art. 122 al. 1 let. b du Code de procédure civile du 19 décembre 2008 [CPC; RS 272], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD; PE.2023.0023 du 22 août 2024 consid. 8).
Vu l'issue du litige, il n'y a pas lieu d'allouer de dépens (art. 55 al. 1 LPA-VD a contrario).
Il convient de statuer sur l'indemnité due au conseil d'office du recourant. L'avocat qui procède au bénéfice de l'assistance judiciaire peut prétendre à une rémunération au tarif horaire de 180 francs (art. 2 al. 1 let. a du règlement vaudois du 7 décembre 2010 sur l'assistance judiciaire en matière civile [RAJ; BLV 211.02.3], applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD). Compte tenu de la liste des opérations produite le 31 janvier 2025, l’indemnité de Me Jacy Pillonel est ainsi arrêtée à 1'260 francs (7 heures x 180 francs), montant auquel s'ajoutent 63 francs de débours. Compte tenu de la TVA au taux de 8,1%, soit 107 fr. 15, l'indemnité totale s'élève à 1'430 fr. 15, arrondie à 1'430 francs.
Tout comme les frais judiciaires, l'indemnité de conseil d'office est supportée provisoirement par le canton, le recourant étant rendu attentif au fait qu'il pourra être tenu de rembourser les montants ainsi avancés (art. 122 al. 1 let. a CPC et 123 al. 1 CPC, applicables par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD). Il incombe à la Direction générale des affaires institutionnelles et des communes de fixer le principe et les modalités de ce remboursement.
Par ces motifs
la Cour de droit administratif et public
du Tribunal cantonal
arrête:
I. Le recours est rejeté.
II. La décision sur opposition du Service de la population du 10 octobre 2024 est confirmée.
III. Les frais judiciaires, arrêtés à 600 (six cents) francs, sont provisoirement laissés à la charge de l'Etat.
IV. Il n'est pas alloué de dépens.
V. L'indemnité de conseil d'office de Me Jacy Pillonel est arrêtée à 1'430 (mille quatre cent trente) francs, TVA comprise.
VI. Le recourant est, dans la mesure de l'art. 123 CPC applicable par renvoi de l'art. 18 al. 5 LPA-VD, tenu au remboursement des frais judiciaires et de l'indemnité du conseil d'office laissés provisoirement à la charge de l'Etat.
Lausanne, le 5 février 2025
Le présent arrêt est communiqué aux participants à la procédure, ainsi qu'au SEM.
Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, 1000 Lausanne 14). Le recours en matière de droit public s'exerce aux conditions des articles 82 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110), le recours constitutionnel subsidiaire à celles des articles 113 ss LTF. Le mémoire de recours doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie; il en va de même de la décision attaquée.