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TRIBUNAL CANTONAL COUR DE DROIT ADMINISTRATIF ET PUBLIC |
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Arrêt du 30 janvier 2024 |
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Composition |
Mme Mihaela Amoos Piguet, présidente; M. Guy Dutoit et |
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Recourante |
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Autorité intimée |
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Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), Unité juridique, à Lausanne, |
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Autorité concernée |
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Centre social régional Riviera, site de Vevey, à Vevey. |
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Objet |
Aide sociale |
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Recours A.________ c/ décision sur recours de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) du 25 août 2023 (restitution de l'indu) |
Vu les faits suivants:
A. A.________, née en 1994, a bénéficié des prestations du revenu d'insertion (RI) du 1er août 2012 (forfait de juillet 2012) au 30 juin 2018 (forfait de mai 2018), de manière presque ininterrompue.
B. Dans le cadre d'un contrôle, le Centre social régional Riviera (ci-après: le CSR) a requis la production des relevés du compte bancaire de A.________ pour la période du 1er janvier 2013 au 9 avril 2015. En les analysant, il a constaté que l'intéressée n'avait pas déclaré des montants de 300 fr., 800 fr. et 750 fr., qui avaient été crédités sur son compte respectivement les 14 mai 2014, 2 septembre 2014 et 28 octobre 2014.
Interrogée sur la provenance de ces montants, A.________ a expliqué qu'il s'agissait d'aides versées par sa mère.
Par décision du 19 avril 2016, le CSR a réclamé à l'intéressée la restitution d'un montant de 1'850 fr. au titre de prestations indûment perçues, rappelant que l'octroi du RI était subsidiaire notamment aux aides privées, y compris les prêts, et que les montants qu'elle avait perçus de sa mère auraient dès lors dû être pris en compte dans les budgets concernés.
C. Le 20 juillet 2018, constatant que A.________ n'avait toujours pas réglé le montant de 1'850 fr. réclamé, le CSR lui a adressé un rappel, lui précisant qu'elle avait la possibilité de proposer un plan de paiement.
L'intéressée a répondu le 26 août 2018 qu'elle refusait de payer ce montant, donnant les explications suivantes (reproduit tel quel):
"Les seuls transferts c'est ceux que j'ai reçu de ma maman et vice versa en remboursement.
En effet, vivant avec elle, nous nous aidons mutuellement pour pouvoir manger et donc remettions les comptes à zéro."
Après un réexamen du dossier, le CSR a constaté que, dans le calcul de l'indu, elle n'avait pas déduit la franchise annuelle pour les dons de proches. Il a dès lors rendu le 8 octobre 2018 une nouvelle décision, annulant et remplaçant celle du 19 avril 2016, dans laquelle il a arrêté à 650 fr. le montant réclamé à titre de prestations indûment perçues.
D. Le 26 octobre 2018, A.________ a recouru contre cette décision devant la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS; anciennement Service de prévoyance et d'aide sociales). Elle a répété que les sommes reçues de sa mère constituaient des remboursements de prêts qu'elle lui avait elle-même accordés.
Par décision du 25 août 2023, la DGCS a rejeté le recours et confirmé la décision du CSR du 8 octobre 2023.
E. Le 30 septembre 2023 (date du cachet postal), A.________ a recouru contre cette décision. Elle a repris en substance l'argumentation déjà développée dans le cadre de son recours du 26 octobre 2018, concluant à ce qu'il soit constaté qu'elle n'est pas tenue à rembourser le montant qui lui est réclamé. Elle a précisé que, de manière générale, elle avançait à sa mère l'argent pour les courses et que celle-ci lui remboursait ensuite l'argent prêté dès qu'elle recevait sa rente.
Le 5 octobre 2023, la DGCS a transmis à la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal (CDAP), comme objet de sa compétence, ce recours qui lui avait été adressé.
Dans sa réponse du 24 octobre 2023, la DGCS a conclu au rejet du recours. Le CSR, pour sa part, s'est référé aux considérants de la décision attaquée.
La recourante a déposé un mémoire complémentaire le 12 novembre 2023, dans lequel elle a confirmé ses conclusions. La DGCS et le CSR ont renoncé à se déterminer sur cette écriture.
Considérant en droit:
1. Déposé dans le délai de trente jours fixé par l'art. 95 de la loi vaudoise du 28 octobre 2008 sur la procédure administrative (LPA-VD; BLV 173.36), le recours est intervenu en temps utile (cf. ég. art. 20 al. 2 LPA-VD, qui dispose que lorsqu'une partie s'adresse en temps utile à une autorité incompétente – comme en l'occurrence –, le délai est réputé sauvegardé). Il respecte au surplus les conditions formelles énoncées à l’art. 79 LPA-VD. Il convient dès lors d'entrer en matière.
2. Le litige porte sur l'ordre de restitution d'un montant de 650 fr. que la recourante aurait perçu indûment au titre du RI en mai, septembre et octobre 2014.
3. a) A teneur de son art. 1, la loi du 2 décembre 2003 sur l'action sociale vaudoise (LASV; BLV 850.051) a pour but de venir en aide aux personnes ayant des difficultés sociales ou dépourvues des moyens nécessaires à la satisfaction de leurs besoins indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine (al. 1); elle règle l'action sociale cantonale qui comprend la prévention, l'appui social et le revenu d'insertion (al. 2).
b) Le revenu d'insertion (RI) comprend une prestation financière et peut, cas échéant, également comprendre des prestations sous forme de mesures d'insertion sociale ou professionnelle (art. 27 al. 1 LASV). La prestation financière est accordée à toute personne qui se trouve dépourvue des moyens nécessaires pour satisfaire les besoins vitaux et d'autres besoins personnels spécifiques importants (art. 34 LASV). Elle est composée d'un montant forfaitaire pour l'entretien, d'un montant forfaitaire destiné à couvrir les frais particuliers pour les adultes et d'un supplément correspondant au loyer effectif dans les limites fixées par le règlement (art. 31 al. 1 LASV). Elle est versée complètement ou en complément de revenus ou encore à titre d'avance remboursable sur des prestations d'assurances sociales ou privées et d'avances sur pensions alimentaires (art. 36 LASV).
La prestation financière est accordée dans les limites d'un barème établi par le règlement, après déduction des ressources du requérant, de son conjoint ou partenaire enregistré ou de la personne qui mène de fait une vie de couple avec lui et de ses enfants mineurs à charge (art. 31 al. 2 LASV). L'art. 26 al. 2 de règlement d'application de la LASV, du 26 octobre 2005 (RLASV; BLV 850.051.1) prévoit une liste de ce que comprennent "notamment" les ressources du requérant portées en déduction du montant alloué au titre du RI. Les prêts ne sont pas mentionnés dans cette liste. Selon la jurisprudence, ils doivent néanmoins être considérés comme des ressources soumises à déduction, en raison notamment du caractère subsidiaire de l'aide sociale (cf. art. 3 al. 1 LASV) qui implique que celle-ci ne soit pas versée lorsqu'un proche a fourni une prestation, de même qu'elle n'intervient pas pour éponger des dettes du requérant (cf. arrêts PS.2020.0092 du 7 avril 2022 consid. 4b et 5b; PS.2020.0050 du 8 juin 2021 consid. 3c; PS.2019.0044 du 20 février 2020 consid. 2b et 3c/aa et les références citées; cf. ég. ch. 1.2.2.13 des Normes RI, version 14, en vigueur depuis le 1er juin 2018). Le fait que les sommes empruntées sont remboursées au fur et à mesure est sans incidence sur cette qualification (cf. arrêt PS.2020.0092 précité consid. 5b et les références citées). Quant aux dons de proches, ils ne font pas partie des ressources soumises à déduction jusqu'à concurrence d'un montant de 1'200 fr. par année civile (cf. art. 27 let. c RLASV).
c) Selon l'art. 38 LASV, la personne qui sollicite une prestation financière ou qui en bénéficie déjà fournit des renseignements complets sur sa situation personnelle et financière (al. 1); elle signale sans retard tout changement de sa situation pouvant entraîner la réduction ou la suppression de ladite prestation (al. 4).
Aux termes de l'art. 41 let. a LASV, la personne qui, dès la majorité, a obtenu des prestations du RI, y compris les frais particuliers ou aides exceptionnelles, est tenue au remboursement notamment lorsqu'elle les a obtenues indûment; le bénéficiaire de bonne foi n'est tenu à restitution, totale ou partielle, que dans la mesure où il n'est pas mis de ce fait dans une situation difficile. L'autorité compétente réclame, par voie de décision, le remboursement des prestations (art. 43 al. 1 LASV).
4. En l'espèce, la DGCS a qualifié comme le CSR les montants perçus par la recourante les 14 mai 2014, 2 septembre 2014 et 28 octobre 2014 de dons. La recourante conteste cette qualification. Elle affirme que les montants en question constituent des remboursements de prêts qu'elle avait elle-même accordés à sa mère. Elle explique que, de manière générale, elle avançait en effet en début de mois l'argent pour les courses à sa mère et que celle-ci la remboursait, dès qu'elle touchait sa rente. Aucun élément du dossier ne permet de confirmer les allégations de la recourante. Le fait que seuls trois montants lui ont été crédités sur une période de près de seize mois (1er janvier 2013 au 9 avril 2015) contredit au contraire le mode de fonctionnement qu'elle décrit. Interpellée à l'époque par le CSR sur la provenance des montants litigieux, elle avait par ailleurs fourni d'autres explications, parlant bien d'aides de sa mère.
Quoi qu'il en soit, conformément à la règlementation et à la jurisprudence rappelées ci-dessus, les versements en cause – qu'ils soient qualifiés de dons, de prêts ou de remboursements de prêts – sont des "ressources" qui devaient être prises en compte dans le calcul du droit au RI de la recourante. Comme la DGCS le relève dans ses écritures, la qualification qu'elle a retenue est même plus favorable à la recourante, puisqu'une franchise de 1'200 fr. par année par civile est appliquée aux dons de proches (cf. art. 27 al. 1 let. c RLASV).
La décision attaquée échappe dès lors à la critique.
5. Les considérants qui précèdent conduisent au rejet du recours et à la confirmation de la décision attaquée.
L'arrêt est rendu sans frais, la procédure dans les affaires de prestations sociales étant gratuite (cf. art. 4 al. 3 du Tarif du 28 avril 2015 des frais judiciaires et des dépens en matière administrative [TFJDA; BLV 173.36.5.1]).
L'allocation de dépens n'entre pas en considération (cf. art. 55 al. 1 a contrario LPA-VD).
Par ces motifs
la Cour de droit administratif et public
du Tribunal cantonal
arrête:
I. Le recours est rejeté.
II. La décision de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) du 25 août 2023 est confirmée.
III. L'arrêt est rendu sans frais, ni allocation de dépens.
Lausanne, le 30 janvier 2024
La présidente: Le greffier:
Le présent arrêt est communiqué aux destinataires de l'avis d'envoi ci-joint.
Il peut faire l'objet, dans les trente jours suivant sa notification, d'un recours au Tribunal fédéral (Tribunal fédéral suisse, Schweizerhofquai 6, 6004 Lucerne). Le recours s'exerce conformément aux articles 40 ss et 95 ss de la loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral (LTF - RS 173.110). Il doit être rédigé dans une langue officielle, indiquer les conclusions, les motifs et les moyens de preuve, et être signé. Les motifs doivent exposer succinctement en quoi l’acte attaqué viole le droit. Les pièces invoquées comme moyens de preuve doivent être jointes au mémoire, pour autant qu’elles soient en mains de la partie ; il en va de même de la décision attaquée.